Un varan sort de terre

    jeudi 23 octobre 2014

    Des crocodiles terrestres, des tortues à cornes ou des oiseaux géants ancrés au sol… Avec une truelle pour pinceau, c’est un vrai bestiaire que les archéologues ont dévoilé au fil de leurs fouilles calédoniennes. Cette ménagerie, aujourd’hui disparue mais que les premiers habitants de la Grande Terre ont pu croiser, ne cesse de s’enrichir, alimentant les manuels d’histoire locale comme les revues scientifiques. Pour preuve, la prochaine publication* de la découverte, à Pindaï, de fossiles de varan, grand lézard qui aurait lui aussi vu arriver les premières migrations et peut-être cohabité plus longuement avec les hommes.
    Quand en 2003, une équipe internationale lance une campagne de fouilles dans les grottes de la péninsule de Népoui, dont la richesse archéologique est connue de longue date, l’identification du reptile n’est pourtant « ni un objectif, ni une éventualité», note le Calédonien Christophe Sand, coauteur de l’article.
     
    Ossements. Certes, par le passé, certains fossiles avaient permis de poser l’hypothèse, non vérifiée, de l’existence de l’espèce. Mais elle avait été mise de côté, au profit d’études d’animaux moins connus. « La campagne visait à compléter les informations existantes sur la méga faune éteinte, notamment le Sylviornis, explique l’archéologue. On a trouvé ce que l’on cherchait, des ossements de grands oiseaux, mais aussi de lézards ou de geckos, et certains posant des questions. »
    Pour lever les doutes sur les fragments non identifiés, l’équipe fait appel à l’Américain Aaron Bauer, spécialiste des fossiles de reptiles. « On lui a envoyé des milliers d’ossements, continue-t-il, et il a isolé trois fragments qui ont fait l’objet de recherches poussées. » Et longues. Onze ans plus tard, « il n’y a plus d’hésitation, affirme le directeur de l’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie, une espèce de varan a bien existé dans le pays. » Sa taille ? « Difficile à dire, continue-t-il. Rien ne laisse à penser qu’il est aussi gros que le dragon de Komodo, mais il mesure peut-être un mètre. »
     
    Mythe. Il faut recueillir davantage d’informations sur les caractéristiques du varan calédonien pour baptiser son espèce. Mais, au-delà de son intérêt paléontologique, la découverte pourrait avoir une résonance culturelle. Le « lézard » est en effet profondément inscrit dans la culture kanak. « C’est un des animaux totémiques les plus importants, explique Emmanuel Tjibaou, directeur de l’ADCK. On le retrouve dans la toponymie, les noms de clans, de personnes, les mythes de la création. » Or, comme le requin, la tortue ou la roussette, la plupart de ces animaux totems se singularisent par leur taille ou leurs caractéristiques. Pourquoi les « petits » lézards de Calédonie ont-ils pris une telle place dans l’imaginaire ?
    « On peut émettre l’hypothèse que dans les mythes, quand on parle en français de lézard, on fait en fait référence au varan », note Christophe Sand. Comme dans la culture aborigène ou indonésienne, où le varan tient une place prépondérante.
    A cette hypothèse s’ajoute une question qui « turlupine » le scientifique : l’espèce a-t-elle réellement disparu ? « Au vu du nombre significatif d’histoires et de témoignages récoltés en Brousse ces cinquante dernières années, décrivant un gros lézard croisé en forêt ou en bord de route, on peut se poser la question de la survie du varan, sourit le directeur. On n’est jamais à l’abri qu’une fable se révèle être la réalité. »
     
    LNC

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