Urvoas propose un ambitieux plan de construction

    mercredi 21 septembre 2016

    urvoas

    Après avoir battu un record en juillet, la population pénale totalisait, en août, 68 819 détenus pour 58 507 places de prison, soit un manque de 10 312 places. (Photo : DR)

    Comment en finir avec la surpopulation chronique des prisons françaises ? Jean-Jacques Urvoas a proposé hier un plan ambitieux et à long terme de construction de nouvelles cellules.

     

    À sept mois de la présidentielle, le ministre de la Justice a espéré que son rapport sur l’encellulement individuel, un principe inscrit dans la loi depuis 1875 mais jamais respecté, fera consensus à droite comme à gauche. “Il n’est plus compréhensible que nous soyons incapables d’appliquer ce principe”, écrit le ministre dans son rapport, remis au Parlement et présenté lors d’une visite au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne).

    Après avoir battu un record en juillet, la population pénale totalisait en août 68 819 détenus pour 58 507 places de prison, soit un manque de 10 312 places. À cette date, seuls 26 829 détenus disposaient d’une cellule individuelle et plus de 1 500 autres dormaient sur des matelas posés au sol.

    Pour le garde des Sceaux, “si l’objectif de réinsertion” des détenus ne suffit pas à justifier le principe d’un détenu par cellule, les conditions de détention des personnes mises en cause dans les dossiers terroristes, notamment islamistes, le rendent aujourd’hui nécessaire.

    Pour que 80 % des détenus bénéficient d’une cellule individuelle, Jean-Jacques Urvoas estime qu’il faudra construire d’ici 2025, en tenant compte des programmes immobiliers en cours, entre 10 309 cellules (dont près de 800 doubles) et 16 143 cellules (dont près de 1 500 doubles). Selon le rapport, il est indispensable de maintenir des cellules collectives pour les détenus qui le souhaitent ou en raison d’autres nécessités (prévention du suicide…).

     

    “Aveu d’échec” ou “fuite en avant”

     

    Le Premier ministre Manuel Valls a récemment estimé qu’il faudrait créer 10 000 places dans les dix ans, évoquant un budget de trois milliards d’euros et promettant pour l’automne un plan “spécifique, concret, précis” et surtout “financé”. Candidat à la primaire à droite en vue de la présidentielle, Nicolas Sarkozy promet, lui, 20 000 nouvelles places. Pour le député Éric Ciotti (Les Républicains), le plan Urvoas apparaît comme “un aveu d’échec” : “cette annonce n’est qu’un chèque en blanc tiré sur l’avenir”, dit-il.

    L’encellulement individuel ne peut pas devenir la règle en France”, juge de son côté Guillaume Larrivé, porte-parole LR, pour qui “cela consisterait à maintenir une sous-capacité carcérale structurelle”. L’Institut pour la justice, think tank de droite, accueille favorablement le plan tout en craignant qu’il se “révèle insuffisant”. Un point de vue partagé par Georges Fenech, secrétaire national LR à la justice, pour qui ces annonces arrivent “trop tard face à une situation pénitentiaire explosive”.

    À l’opposé, plusieurs associations et syndicats professionnels, dont le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) et l’Observatoire international des prisons (OIP), ont dénoncé “une politique qui va droit dans le mur” et préconisé le développement des peines alternatives pour éviter la surpopulation carcérale.

    Plutôt qu’une “fuite en avant carcérale”, il faut une “politique pénale humaniste, ambitieuse et audacieuse, visant à investir massivement dans la prévention, l’accompagnement et le suivi en milieu ouvert”, ont-ils dit. Pour Jean-Jacques Urvoas, il est clair que “l’inflation carcérale” doit être aussi “appréhendée dans le cadre de politiques pénales conjuguant le développement des peines alternatives à l’incarcération et une politique d’aménagement de peines visant à diminuer la durée de placement sous écrou”.

     

    AFP

     

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