Vaea Ferrand, une miss pas comme les autres

    lundi 27 juin 2016

    (Photo : F.C.)

    Des yeux “parfois verts, parfois bleus, selon le temps comme mon père”, explique le papa de Miss Tahiti 2016. (Photo : F.C.)

    Vendredi dernier, dans la salle du premier étage de la mairie de Papeete, le palmarès de Miss Tahiti a été annoncé depuis une poignée de minutes.
    Alors que la famille d’une des lauréates se débat dans la colère, Vaea Ferrand ferme la porte des coulisses, se défait de sa carapace et ouvre les vannes de son émotion.
    “Sur la scène, j’ai été tellement surprise, émue. C’est après dans les coulisses que je me suis lâchée”, confie Miss Tahiti 2016 au lendemain de son sacre.
    “Elle n’arrêtait pas de pleurer”, ajoute sa chaperonne et amie. “Elle s’est effondrée devant le replay”, continue sa maman, qui reconnaît elle-même avoir “pleuré de l’annonce des quatre finalistes jusqu’à la fin”. “C’est émouvant de voir sa fille à cette place.”
    Le manque d’émotion à l’annonce du titre, c’est l’un des sujets de polémique auxquels la nouvelle ambassadrice du fenua a dû faire face.

     

    Absence de larmes au verdict

    “C’était le choc sur le moment”, mais Vaea reconnaît que le public a découvert, à ce moment, l’un des traits de sa personnalité.
    “Je suis une fille qui est tout le temps sur la défensive, qui n’exprime pas forcément ses sentiments. Le mannequinat a joué aussi, je ne devais pas sourire ni interagir avec le public. Je prends plus de distance, j’ai du mal à aller vers les gens, j’ai peur de les embêter. C’est dans ma nature.”
    Le changement semble avoir opéré une fois l’écharpe endossée lors de sa première rencontre avec le public à l’after, au Mango. “Beaucoup de gens voulaient me prendre en photo; C’est un vrai plaisir et une motivation.”

     

    La belle réfute aussi toute idée que l’absence de larmes au verdict soit synonyme de victoire annoncée.

    “J’entendais tous les soutiens pour Vanille (Guyot-Sionnest, NDLR) et Vaiata (Buisson, NDLR) qui ont beaucoup de famille et d’amis. Moi, cela fait à peine quatre mois que je suis ici, et mes amis sont à Montpellier, à La Réunion et un peu partout. Je savais que j’étais dans les favorites, mais Vaiata avait gagné les voix du gala, j’ai eu aussi le prix du meilleur costume qui ne revient pas souvent à Miss Tahiti.”

    Une surprise, cela l’a été pour ses parents. Rien ne semblait prédestiner Vaea à devenir la plus belle femme de Polynésie pour une année.
    “Je regardais surtout ma mère qui était à fond devant la télé pour Miss France et qui pronostiquait son podium sur des petits papiers”, se remémore la jeune femme.
    “Depuis cinq ans, je regardais surtout Miss France pour soutenir Miss Tahiti”, explique celle qui a été marquée par “les références Mareva Georges et Mareva Galanter qui ont marqué l’histoire de nos miss”.

    “Celle avec qui j’ai une certaine complicité et qui a bien défendu notre fenua, c’est Hinarere Taputu.”
    Assise à côté, sa mère acquiesce. “On ne baignait pas dans ce milieu, on suivait juste l’élection de Miss France. Je ne la voyais pas du tout ici aujourd’hui, j’imaginais surtout sa carrière professionnelle. J’ai toujours fonctionné étape par étape, la finalité c’était avant tout les études.”

    Des études qui l’ont menée à Tahiti, enfin. Née à Castres, où était basé son père parachutiste dans l’armée, elle l’a suivi et a habité à La Réunion, au Sénégal, à Djibouti, puis à Montpellier, où aura lieu l’élection de Miss France 2017, en décembre.

     

    Samedi dernier, la très “fusionnelle” famille Ferrand a encore du mal à réaliser que l’aînée a été sacrée vendredi dernier. (Photo : F.C.)

    Samedi dernier, la très “fusionnelle” famille Ferrand a encore du mal à réaliser que l’aînée a été sacrée vendredi dernier. (Photo : F.C.)


    Descendante de Tati Salmon

     

    “C’est un petit plus pour moi, j’ai fait deux ans d’études là-bas, la préparation de Miss France est à La Réunion et j’ai passé trois ans là-bas. J’y connais du monde, cela me rassure.”
    La belle pourrait se sentir isolée après les critiques qui ont pu entourer son élection, mais ne veut pas nourrir la polémique (lire en p. 14-15). Ce sont ses parents qui montent alors au créneau pour exprimer leur pensée.

    “Il faut revenir en arrière. Il y a un militaire qui s’est engagé pour défendre la France et ses enfants n’ont pas choisi où ils sont nés. Ils ont suivi les missions de leur papa”, défend Gaby, son père, plus solide que la maman face aux critiques.
    “Je le prends très mal. Mon mari et moi sommes d’ici, nous faisons partie de grandes familles, ancrées à Tahiti depuis des générations. On ne va pas montrer notre arbre généalogique”, déclare-t-elle, avant de rappeler que sa grand-mère Zaza Sarciaux a créé la première association de défense des femmes battues et que sa famille descend de Tati Salmon.

    Danseuse de ’ori Tahiti à La Réunion, Vaea a, comme beaucoup de Tahitiens expatriés, toujours ressenti “un manque” malgré la musique tahitienne et les plats locaux de maman.
    “Son appartement à Montpellier est aux couleurs de Tahiti avec déco locale et drapeau sur le mur”, ajoute Vaea, sa mère.
    D’une affectation à l’autre, Vaea a toujours dû faire face à une certaine adversité.

    “Ce qui m’impressionne chez elle, c’est qu’elle a toujours réussi tout ce qu’elle voulait. Chaque examen, elle se sentait défavorisée par rapport aux autres, mais elle finissait toujours parmi les premiers”, s’enorgueillit son papa.
    “Elle est toujours restée humble. J’ai toujours appris à mes enfants à se faire tout petit, à ne pas trop se montrer, à se préserver. On n’a jamais eu de soucis avec elle”, admet sa maman.

    “Elle ne nous a jamais rien demandé. Quand elle voulait quelque chose, elle travaillait pour se l’acheter.”
    Autant de louanges qui devraient attirer les prétendants. “C’est ma fifille. C’est ma perle. Des prétendants, il n’y en a pas beaucoup”, annonce le père. “Il n’y en a aucun”, ajoute Vaea en riant.
    “Dès qu’ils appellent, ils tombent sur moi, et ne rappellent plus. C’est bizarre”, s’amuse Gaby fier de cette “famille fusionnelle”, conscient qu’il va désormais devoir partager la nouvelle fiancée de tous les Polynésiens.

    Dans les coulisses, la carapace craque, l’émotion jaillit  dans les bras de son oncle. (Photo : F.C.)

    Dans les coulisses, la carapace craque, l’émotion jaillit
    dans les bras de son oncle. (Photo : F.C.)


    Mannequin et chercheuse

     

    C’est à La Réunion que Vaea Ferrand, nouvelle Miss Tahiti, élue vendredi dernier, entame sa carrière de mannequin, à l’âge de 13 ans. Repérée dans un mariage, elle enchaîne défilés, shootings en marge de ses études.

    “On m’avait proposé de m’y consacrer entièrement, mais j’ai favorisé mes études. Je ne regrette pas, le mannequinat est éphémère, je préfère avoir un minimum de bagage”, explique celle qui s’apprête à faire valider sa licence pro en chimie création de parfums et arômes. Un cursus pour lequel elle a opté car “ce n’est pas un secteur très répandu et qu’à Tahiti, nous avons beaucoup de plantes qui n’ont pas encore été valorisées et exploitées”.

    Il y a quatre mois, elle revient à Tahiti. “Je suis venue ici pour essayer de développer un petit pôle de parfum avec l’aide de mon patron Olivier Touboul (du Laboratoire de cosmétologie du Pacifique, NDLR). Pour ce stage en recherche et développement, je pense rester deux ou trois ans.”
    Vaea avait pour projet de faire un master ou une école à Paris. “Avec ce titre de Miss Tahiti, je vais mettre ça de côté et je verrai plus tard. Je ne sais même pas comment cela va se passer demain.”

    La belle n’en a pas tout à fait fini avec un mémoire et un oral, “le 7 juillet”. “Cela va être des nuits blanches comme d’habitude”, prédit la belle. “Ces semaines à venir vont être dures.”

    Florent Collet

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