Vaihiti Teaniniuraitemoana face aux mystères de l’huître perlière

    lundi 16 janvier 2017

    vaihiti teaniniuraitemoana

    Vaihiti Teaniniuraitemoana vient de lancer une expérimentation d’une durée de trois mois, au cours de laquelle elle s’attachera à transformer des huîtres femelles (donc hermaphrodites) en mâles. (© Anne-Charlotte Bouleau)

     

     

    Vaihiti Teaniniuraitemoana a poursuivi ses études supérieures scientifiques entre la métropole, la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie. À 28 ans, elle est de retour au fenua, en tant que post-doctorante à l’Ifremer de Vairao, où ses recherches s’inscrivent dans la continuité de sa thèse. Elle s’attache à comprendre les déterminismes du changement de sexe de l’huître perlière, ce qui pourrait permettre d’optimiser la reproduction.

     

     

    Pour Vaihiti Teaniniuraitemoana, la recherche a toujours été une évidence. Après une scolarité au lycée La Mennais, son bac scientifique en poche, la jeune femme a poursuivi ses études en métropole, en commençant par une licence de biologie cellulaire et de physiologie, à Strasbourg.

    Trois ans plus tard, elle s’oriente vers un master sur le fonctionnement et le dysfonctionnement des écosystèmes aquatiques, à l’Université Bordeaux-I.

    Par la suite, elle postule pour une thèse proposée par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) de Vairao, pour laquelle elle est retenue.

    “Ce projet avait pour but d’étudier la reproduction et le déterminisme du sexe de l’huître perlière. C’était de la recherche fondamentale, qui pouvait être appliquée dans les programmes de sélection, car l’huître perlière est un hermaphrodite protandre. Au départ, toutes les huîtres sont de sexe mâle. À partir de deux ans, certaines vont commencer à devenir femelles. Pour pouvoir faire des reproductions contrôlées, il faut attendre quatre à cinq ans avant d’avoir un nombre significatif de femelles.
    Le but, c’était d’étudier les mécanismes de ce changement de sexe, pour éventuellement les contrôler, en vue de raccourcir ce temps d’attente”, précise Vaihiti Teaniniuraitemoana, qui s’est penchée sur le sujet pendant trois ans, avant de soutenir sa thèse à l’Université de la Polynésie française, en décembre 2014.

     

    Approfondir sa thèse

     

     

    Son premier post-doctorat — l’équivalent d’un CDD de jeune chercheur — l’a ensuite conduite en Nouvelle-Calédonie, à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), où elle a planché pendant un an sur les effets du réchauffement et de l’acidification de l’eau sur les corallines, des algues calcaires largement répandues sur les récifs.

    À 28 ans, Vaihiti Teaniniuraitemoana est de retour à Tahiti, depuis le mois d’octobre, pour un post-doctorat d’un an et demi à l’Ifremer, dans le but d’approfondir son sujet de thèse.

    “J’étudie le déterminisme génétique et épigénétique du changement de sexe de l’huître perlière Pinctada Margaritifera. Ce projet est co-financé par le Territoire, via la délégation à la recherche de la Polynésie française”, souligne-t-elle.

    Dans le cas des huîtres perlières, le sexe serait associé à un déterminisme mixte, mêlant facteurs génétiques et environnementaux.

    “On suppose qu’il y a un déterminisme génétique au départ, en sachant qu’il a des huîtres qui sont de vrais mâles et des huîtres hermaphrodites, qui peuvent changer de sexe. Pour celles-ci, on suppose qu’il y a un contrôle épigénétique, c’est-à-dire supplémentaire, sous l’influence de l’environnement”, explique la jeune chercheuse.

     

    Mâle ou femelle, on peut choisir

     

    Pour confirmer sa théorie, Vaihiti Teaniniuraitemoana vient de lancer une expérimentation d’une durée de trois mois, à l’occasion de laquelle elle s’intéressera à la méthylation de l’ADN, un mécanisme impliqué dans la régulation de l’expression des gènes.

    “J’ai sélectionné des femelles, que je conditionne pour les faire redevenir mâles. Le principe, c’est de peu les nourrir, pour créer un déficit énergétique car ça ‘coûte plus cher’ à un organisme de fabriquer des ovocytes que des spermatozoïdes. Ce sera le premier hermaphrodite protandre étudié à ce niveau, ce qui veut dire que l’huître perlière sera un modèle de référence”, souligne-t-elle.

    Les résultats de ces travaux devraient être profitables à la filière perlicole, notamment au niveau des écloseries, s’agissant de l’optimisation de la reproduction.

    À terme, Vaihiti Teaniniuraitemoana aimerait obtenir un poste fixe de chercheuse au fenua. “Une chose est sûre : je veux travailler pour mon pays. Je trouverais dommage de devoir m’exporter, alors que j’ai les compétences et qu’il y a encore beaucoup de choses à faire ici”, conclut-elle, le sourire plein d’espoir.

     

    A. -C. B.

     

    Plus d’informations dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique

     

     

      Edition abonnés
      Le vote

      Seriez-vous prêt à accepter de travailler avec une patente si un employeur vous indiquait qu'il ne peut pas vous salarier ?

      Loading ... Loading ...
      www.my-meteo.fr
      Météo Tahiti Papeete