Vairani Drost, une vie au rythme du ‘ori Tahiti

    lundi 29 août 2016

    ori tahiti

    Vairani Drost : “C’est bien de changer pour avoir plus d’expérience.” (Photo : F.C.)


    Elle vient d’ouvrir son école de danse au PK 15,6

     

    Devenir maman. Une étape cruciale pour chaque femme, peut être plus encore pour Vairani Drost.
    Pour sa petite fille qui aura bientôt 2 ans, elle a décidé de donner un nouveau virage à sa carrière. Un tournant dans la continuité puisqu’il conclut un parcours hors du commun dans la danse tahitienne, en ouvrant son école de danse.
    Flashback.

    Ses parents n’étaient pas danseurs. Son père anglo-hollandais, décédé quand elle avait 14 ans, travaillait pour la chaîne Bali Hai, sa mère, sino-tahitienne, est retraitée de l’enseignement.
    C’est cette dernière qui la pousse à la danse. “Elle avait toujours voulu danser et c’est pour cela qu’elle m’a poussée à en faire ; comme beaucoup de petites, c’est souvent parce que les parents le veulent. Je n’ai pas tout de suite aimé.

     Cela a quand même pris quelques années”, explique-t-elle avec son nouveau regard de professeur. “Cela peut être trop tôt, mais cela dépend des enfants. J’ai une élève de 3 ans et demi, elle écoute à merveille, elle se débrouille super bien. C’est incroyable.”
    Vairani faisait probablement partie de ces talents précoces qui a su enrichir son parcours au fur et à mesure des écoles et des figures de la danse rencontrées année après année.

    Elle débute avec Tehara Huck, dit Lala, à Vital California. Elle va ensuite suivre les enseignements de Moeata Laughlin et ceux de mamie Louise, au conservatoire artistique de la Polynésie française.
    Deux personnalités diamétralement opposées qui ont fortement influencé son art et la manière de l’enseigner.

    “Moeata m’a appris pas mal de techniques et elle est douce, elle est vraiment adorable, je l’aimais beaucoup. Mamie Louise, c’est une grande dame de la danse. C’est une encyclopédie de la danse tahitienne. D’ailleurs, jusqu’à présent, les pas n’ont toujours pas été codifiés et j’emploie les appellations du conservatoire. Elle était assez sévère et dure. On se faisait toujours gronder, mais on l’aimait bien.”

    Ancienne danseuse des Grands ballets

    L’ancienne danseuse des Grands ballets cite aussi Lorenzo parmi ceux qui ont compté pour elle depuis les cours suivis à Vital California.
    “Il a un style différent et il m’a beaucoup appris sur l’attitude d’une danseuse, sa présence sur scène.”
    Enfin, elle évoque les cours de hula avec Myrtille Sarciaux : “La danse hawaiienne a été complémentaire.

     

    Pour le ‘aparima, il faut avoir une fluidité dans les mouvements et le hula m’a aidée pour cela et pour le port de tête.” En parallèle à son parcours scolaire de l’école Tamanui au lycée Paul-Gauguin en passant par l’école Paofa’i et le collège Tipaerui, elle suit aussi les cours du conservatoire.
    Elle a ainsi 12 ans lorsqu’elle participe à son premier Heiva. Avec Heikura Nui, ses premiers pas à Vaiete ont été synonymes de victoires en 1995 et 1996.

    Cette année-là, elle concourt aussi à titre individuel à seulement 13 ans.
    “C’est beaucoup trop tôt. C’est bien que les organisateurs aient passé l’âge minimum à 18 ans, il y a beaucoup plus de maturité. Avant, uniquement la technique était importante. Maintenant, la présence sur scène et le charisme entrent en compte.”

    En 1998 et 1999, elle danse pour O Tahiti E, empoche une troisième victoire avec la troupe et finit encore deuxième meilleure danseuse.
    “Je n’ai jamais gagné, mais ce n’est pas grave parce que l’on se souvient encore de moi.”

    Une fois son bac littéraire en poche, s’est posée la question de son avenir professionnel. Elle s’imagine travailler dans le tourisme. Sa mère lui conseille de devenir hôtesse de l’air.
    “Je me suis dit pourquoi pas ?” Elle part en 2000 à la Brigham Young University, à Hawaii, pour parfaire son anglais et, à côté, travaille au Hawaii Polynesian Cultural Center.
    “Il y a six sections. J’étais dans celles de Hawaii, Tahiti et les Maori. Beaucoup d’étudiants tahitiens y apprennent la danse tahitienne. Ce mélange des cultures fut une belle expérience.”

    Entre passion et raison

    De retour de Hawaii, elle intègre les Grands ballets “qui n’avaient pas le style pour faire le Heiva”.
    En 2005, elle fait une pause et participe au Heiva pour faire plaisir à sa grand-mère. “Elle aime venir me voir danser.”

    Avec O Tahiti E, elle empoche un quatrième titre. Le cinquième viendra avec Toakura en 2010 avec qui elle danse en 2011.
    En 2012, elle explore de nouveaux horizons avec Hei Tahiti. “Les troupes ont des manières de travailler, des musiques et des styles de danse différents. C’est bien de changer pour avoir plus d’expérience.”

    La boucle se referme là où elle avait commencé et danse pour Toakura en 2013 et 2016.
    Pour compléter son palmarès, il faut aussi mentionner deux titres : au Hura tapairu 2010, où elle a dansé avec Manavai, et en 2013 avec Hitireva en Mehura.

    Durant toutes ces années, Vairani a aussi obtenu le certificat de sécurité sauvetage (CSS) pour devenir hôtesse, mais étant trop jeune pour intégrer Air Tahiti Nui, elle se consacre exclusivement à la danse et intègre les Grands ballets de Tahiti, pour lesquels elle danse pendant trois ans.
    “Il y avait des répétitions presque tous les jours, des shows tous les week-ends, c’était intense, cela me prenait tout mon temps.” Un rythme professionnel, mais sans le salaire. “Malheureusement, c’est difficile d’en vivre ici.”

    La troupe garde une place à part dans son cœur “pour le style moderne de Lorenzo”. “Nous avons fait pas mal de tournées, c’était une famille.”
    Durant cette période, elle donne aussi des cours de danse pour le personnel de l’armée de l’air durant deux ans et aide Lorenzo, à Vital California.

    “Danser et enseigner, ce n’est pas la même chose. Avec le recul, je vois aussi que certains détails m’échappaient. Maintenant, je corrige beaucoup plus, comme les pieds, le bras.”
    Elle fait son stage comme hôtesse à ATN. “Je pensais que ça allait être sympa de voyager, mais j’ai compris qu’hôtesse n’était pas pour moi. Moi, dans l’avion, j’aime bien dormir.”

    Elle reste tout de même au sein de la compagnie et, en 2005, elle devient agent contrôleur à la direction administrative et financière.
    Un job qui ferait rêver beaucoup de monde et, pourtant, elle se met en disponibilité au bout de dix ans, avant de démissionner, cette année, pour se consacrer à son école.
    “J’aime voir le progrès, surtout chez les enfants et de se dire que telle danseuse a progressé grâce à moi.”

    Vairani ambitionne déjà de présenter un gala et aller au Heiva des écoles.
    “C’est un gros défi, il faut non seulement gérer le travail des enfants, la chorégraphie et ensuite les costumes.”

    En revanche, l’idée de concourir au Heiva avec sa troupe ne lui effleure pas l’esprit.
    “Je préfère être danseuse parce que je tiens à ma vie personnelle et familiale”, s’amuse-t-elle. “Déjà que cela prend énormément de temps en tant que danseuse, si en plus je dois être chef de groupe, ce n’est pas possible. Je ne sais pas comment ils font pour gérer tout cela.”

    Aujourd’hui, elle veut profiter de son temps libre pour voir grandir sa fille, qu’elle ne poussera pas forcément vers le ‘ori Tahiti.
    “Ce que l’on aimerait qu’elle fasse, avec son père, c’est du parachutisme parce nous en faisons.” La jeune mère pratique également le wingsuit et le pole dance.

    Florent Collet

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