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Vallée de la Punaruu, au cœur du royaume des oranges

jeudi 2 août 2018

Plutôt que d’utiliser un rau pour cueillir les fruits, Tehotu préfère grimper dans les orangers. (Photo : Victor Le Boisselier)

Plutôt que d’utiliser un rau pour cueillir les fruits, Tehotu préfère grimper dans les orangers. (Photo : Victor Le Boisselier)


Dès mi-juin, alors que s’annonce le début de la saison des oranges, les premiers porteurs ont rejoint les plateaux de la vallée de la Punaruu. La récolte est une épreuve physique lors de laquelle les porteurs ne comptent plus ni les kilomètres marchés, ni les kilos d’oranges portés. Entre rituels minutieux et précautions, tout est fait pour que la grande tradition de la cueillette soit pérennisée.

À partir de la mi-juin et le début de la saison des oranges, le temps s’arrête dans les hauteurs de la vallée de Punaruu, à Punauia. “Ici, tu perds la notion d’heure, de date, de distance… Tu regardes ta montre seulement pour t’adapter au rythme du soleil”, lance Tehotu. Du haut du plateau Maraetia, le jeune homme de 27 ans savoure la vue sur l’île de Moorea. Le doigt tendu, il désigne le refuge accueillant les porteurs d’oranges, point de départ de sa course.

Pour apercevoir les premiers orangers, il aura marché près de deux heures, arpentant les chemins boueux, traversant des rivières, s’accordant même quelque pas de danse au rythme des morceaux crachés par le haut-parleur accroché à son sac. Car, pour trouver l’agrume sacré, les cueilleurs ne s’économisent pas. “On marche parfois une, deux, trois, parfois quatre heures pour atteindre les orangers les plus lointains. Ensuite, il faut rapporter les oranges au refuge, puis dans la plaine. Moi, je descends environ deux fois dix glanes (20 oranges, environ 4,5 kg, ndlr) en une semaine, mais certains font beaucoup plus”, explique Tehotu.

 

Un record de 113 kilos d’oranges descendus

 

Ces épreuves physiques mettent hors course les porteurs les plus âgés. Devant leur café, les “tontons” l’avouent : “On ne peut plus porter de charges lourdes, alors on vient pour l’ambiance, pour la balade.” À quelques cabanes d’écart, Teuira, 67 ans, rejoint les hauteurs de la vallée depuis 56 ans. Ses trapèzes portent les stigmates des nombreuses descentes au bambou chargées d’oranges. “En 1966, j’avais 14 ans et j’avais participé au concours du plus jeune porteur d’oranges. Aujourd’hui, je prends des médicaments pour réduire le kyste qui s’est formé à cause de ça. Je n’arrivais plus à tourner la tête.” Désormais, seuls quelques cueilleurs portent leur récolte à l’aide d’un bambou. Mais la légende des porteurs d’oranges perdure par le récit.

Gaillard trapu à la barbe blanchâtre, Jean- Claude Tauraa détient le record du nombre de glanes descendues sur la plaine. Président de l’association pour la protection de la vallée de Punaruu, il se souvient : “En 1991, j’ai descendu 27 glanes estimées à 113 kilogrammes.”

À six heures du matin, le camp encore plongé dans l’obscurité est déjà vide. Tous sont partis rejoindre le plateau Maraetia, le plus fructueux, car épargné des intempéries. Tehotu résume : “Les oranges, il faut les mériter. Parfois, je prépare mes affaires la veille, je mets mon réveil à 3 heures pour rejoindre le plateau avant le lever du soleil.”

La concurrence est rude entre les porteurs d’oranges. Tous recherchent la perle rare : les oranges les plus sucrées. Quitte à se trouver suspendu à 15 mètres du sol. Tricot serré, pieds nus, sac bien accroché sur le dos, Tehotu s’agrippe aux branches d’un oranger. Si certains se munissent d’un rau, longue perche pour attraper les fruits depuis le sol, lui préfère grimper pour cueillir à la main. “Comme ça, on les abîme moins.”

 

Entre rituels et partage

 

Une précaution parmi tant d’autres. Comme les cueilleurs les plus exigeants, il respecte de minutieux rituels : ne pas se brosser les dents le matin pour sentir au mieux le goût des oranges, s’équiper d’un coupe-coupe pour se frayer un chemin hors des sentiers, suivre les traces des cochons sauvages jusqu’aux orangers les mieux cachés… Malgré de nombreuses contraintes, le royaume de l’orange a quelque chose d’ensorcelant. Les forêts qui s’étendent à perte de vue, l’odeur des arbres fruitiers transportée par la brise fraîche…

Tehotu est monté jusqu’au refuge, pour la première fois, il y huit ans. “Je devais rester une soirée, je suis resté trois mois…” Depuis, il transmet son amour pour la vallée aux centaines de visiteurs qui viennent chaque semaine découvrir le lieu. “L’important, c’est que tout le monde reparte avec des oranges. Il faut partager ce plaisir.”

 

Victor Le Boisselier

 

Un écosystème en danger

Dans la vallée de Punaruu, se côtoient des arbres fruitiers - des espèces endémiques et indigènes - tous menacés par les plantes envahissantes. (Photo : Victor Le Boisselier)

Dans la vallée de Punaruu, se côtoient des arbres fruitiers – des espèces endémiques et indigènes – tous menacés par les plantes envahissantes. (Photo : Victor Le Boisselier)

Désiré et Jonathan diffèrent des autres porteurs d’orange. Si, en cette matinée, eux aussi prennent la direction du plateau de Maraetia, ce n’est pas pour cueillir des fruits. Le duo forme l’une des deux équipes de dératisation de la vallée. L’année dernière, en partenariat avec l’association Te Rauatiati a tau a hiti noa tu, les membres de l’incontournable association pour la vallée de Punaruu ont lancé ce dispositif afin de venir à bout des rongeurs.

Cent quarante et un pièges ont été posés. Aucun produit chimique n’a été utilisé. “En un an, on a remarqué une bonne évolution”, se félicite Désiré. “Il y a moins de rats. On fait ça pour les orangers, mais pas seulement. On veut protéger les plantes endémiques, préserver les plantes médicinales et les oiseaux de la vallée.” Si, de ses propres aveux, depuis ses quatre-vingts ans d’existence, l’association pour la protection de la vallée de Punaruu “n’a pas fait grand chose d’écologique”, la tendance a radicalement changé avec l’élection d’un nouveau bureau. Arikinui Nordhoff, secrétaire de l’association, est l’un des instigateurs de cet axe écologique. “On a commencé avec les déchets. On a arrêté de les enfouir en 2016. On a commencé à les rapatrier. Depuis cette année, on a instauré le tri au refuge.”

Les yeux qui brillent presque, il évoque ensuite un projet de pépinière, lancé l’année dernière grâce à un financement de la mairie de Punauuia. “À terme, on aimerait faire des petits îlots, dans la vallée, avec un certain pourcentage d’arbres fruitiers, d’arbres endémiques et d’arbres indigènes. Dans l’idéal, il s’agirait de zones complètement vierges d’espèces envahissantes.”

 

“Une plante à éradiquer, absolument”

 

Le voici nommé, l’ennemi numéro 1 de l’association : les espèces envahissantes. Alarmiste, Ariki estime que la vallée est occupée “à 40 % par des espèces envahissantes”. Au bord des chemins étriqués qui mènent au plateau des orangers, de grands arbres aux fleurs rouges. Il s’agit de tulipiers du Gabon, autrement appelés “pisse-pisse”. “C’est une vraie saleté”, s’énerve Ariki. “Ça tue tout, ça pousse et se reproduit super vite, et ça repousse même quand on le coupe ! C’est une plante à éradiquer, absolument.” Outre les pisse-pisse, les passiflores et autres lianes nuisent fortement à l’écosystème de la vallée.

Et les premières victimes sont les orangers. De mémoire d’anciens, ils n’ont jamais été aussi peu nombreux sur le plateau. Une tendance à inverser “d’urgence”, d’après Arikinui, qui regrette que le Pays semble avoir “arrêté le combat”. “Les pouvoirs publics se donnent beaucoup de limites administratives. Ce qui pourrait être compréhensible, mais ça donne l’avantage aux espèces envahissantes.”

Faisant une croix sur trois millions de francs de subvention, sur un budget annuel de 8 millions de francs, Arikinui a décidé de ne s’adresser qu’à la ville de Punaauia, désormais. Mais, surtout, le secrétaire de l’association déplore un certain manque d’activisme parmi ses troupes. “Sur nos 200 membres en moyenne, seuls une trentaine s’active toute l’année pour protéger la vallée. Certains ne viennent que pour la saison des oranges. Histoire de chasser, et cueillir des fruits.”

 

Marion Lecas

 

La recette de Jérémy Martin, chef cuisinier au Méridien : Moelleux à l’orange et sa brunoise mentholée, chantilly vanille mascarpone

recette cuisine

Ingrédients :
Pour le moelleux :

120 gr de sucre

2 œufs

120 gr de beurre fondu

120 gr de farine
30 gr de levure chimique

4 oranges

1 cuillère à soupe de sucre semoule

 

Pour la chantilly :

150 gr de mascarpone

35 gr de sucre glace

230 gr de crème liquide

1 gousse de vanille

 

Préparation :

Préchauffez le four à 180°C. Faites fondre le beurre et mélangez-le aux 120 grammes de sucre et aux œufs entiers. Mélangez bien. Ajoutez ensuite la farine et la levure, le zeste d’une orange et son jus. Versez le tout dans un moule graissé et laissez cuir pendant 20 minutes. Montez ensuite la chantilly avec le mascarpone, le sucre glace, la crème et la vanille. Pour la brunoise, coupez en une orange en petits dés et ajoutez-y de la menthe fine- ment coupée.
Pour le dressage, vous pouvez ajouter quelques quartiers d’orange dans l’assiette.

 

Bon appétit !

 

orange tamanu punaruu

De la manière de couper l’orange à la façon de la déguster, les porteurs suivent de minutieux rituels. (Photo : Victor Le Boisselier)

porteur d'oranges

La descente jusqu’à Punaauia est ensuite très physique : avec plusieurs kilos d’oranges sur les épaules, les porteurs marchent des kilomètres. (Photo : Victor Le Boisselier)

piège à rat

Un piège à rat parmi les 141 posés dans la vallée. (Photo : Victor Le Boisselier)

 

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