Valls trébuche, à son tour rattrapé par l’intransigeance croissante de l’opinion

vendredi 12 juin 2015

Manuel Valls, réputé orfèvre en communication, a vécu une de ses semaines les plus difficiles depuis son arrivée à Matignon avec la polémique sur son aller-retour à Berlin, une affaire qui révèle également l’ultra-sensibilité de l’opinion quant au train de vie et aux moyens alloués aux gouvernants.
Depuis La Réunion, Manuel Valls a tenté de désamorcer cette bien embarrassante polémique -77% de désapprobation selon un sondage- en payant pour la présence de ses deux enfants à bord de l’avion de la République qui l’avait emmené à Berlin pour assister à la finale de la Ligue des champions entre la Juventus et Barcelone, club de cœur de sa ville natale.
Le Premier ministre, qui maintient s’être déplacé « à l’invitation de Michel Platini » avec lequel il a parlé de « l’Euro-2016 » et de « l’avenir de la Fifa », a fini par reconnaître « une erreur de communication » et de « sensibilité », après avoir initialement brocardé les journalistes qui lui demandaient des explications.

Bienvenue au club ! Réputé expert ès communication, M. Valls rejoint la liste conséquente des dirigeants politiques épinglés pour leur utilisation des moyens de l’État.

Ainsi François Fillon avait été critiqué en 2007 pour avoir rejoint, en cours de trajet, le TGV inaugural de la ligne Est… en avion. L’ancien Premier ministre avait également remboursé plusieurs allers-retours aériens dans son ancien fief électoral de la Sarthe.
Deux membres de son gouvernement avaient également suscité une polémique : Alain Joyandet après la révélation, entre autres, d’une location à 116 500 euros d’un jet privé pour un déplacement ministériel, et Christian Estrosi pour un déplacement à Washington à 138 000 euros.
Fin mai, Nicolas Sarkozy a été critiqué pour l’utilisation d’un avion privé entre Paris et Le Havre, lui dont le quinquennat avait été marqué par des polémiques à répétition, notamment sur l’acquisition et l’aménagement (176 millions d’euros) d’un nouvel avion présidentiel toujours utilisé par François Hollande.
Ces affaires – après les épisodes Thévenoud, éphémère secrétaire d’État en délicatesse avec le fisc, et Agnès Saal, présidente de l’INA épinglée pour d’astronomiques factures de taxi – prouvent l’ultra-sensibilité des Français sur le train de vie et les moyens alloués aux principaux dirigeants de l’État. Loin, très loin de l’époque où Georges Pompidou circulait en Porsche, ou quand le Premier ministre Michel Rocard faisait construire une piscine et un tennis à la Lanterne, résidence des Premiers ministres en lisière du château de Versailles.

« On a vu que l’opinion publique était excessivement sensible à ce genre de faits divers et cela a sans doute dépassé ce que l’on pouvait attendre », a estimé auprès de l’AFP le député (PS) et spécialiste des comptes de l’État, René Dosière.

Or « le Premier ministre de la France et le président ne peuvent pas se déplacer comme monsieur tout le monde », a souligné le député de l’Aisne, rappelant que « la France fait la guerre au terrorisme » et que les deux chefs de l’exécutif sont « bien plus menacés » que les gouvernants des pays scandinaves régulièrement cités en exemple de modestie.
Mais la  mésaventure de Manuel Valls est d’autant plus vive que François Hollande avait vanté les mérites d’une « présidence normale », en opposition à son prédécesseur, allant jusqu’à se rendre à Brégançon en TGV en août 2012. Moyen rapidement abandonné cependant.

Ancien président de la Cour des comptes, « Philippe Séguin disait au président Nicolas Sarkozy : ‘Ne prenez pas la ligne régulière. L’opinion aime cela mais ça nous coûte plus cher car quand vous prenez un avion de ligne vous avez toujours un avion ministériel qui vous suit à vide' », a rappelé M. Dosière.

A rebours de l’opinion publique, le député Henri Guaino  (Les Républicains) « trouve ça plutôt sain, plutôt rassurant qu’un Premier ministre ait encore assez d’humanité pour, de temps en temps, essayer de voir ses enfants. ça ne coûte rien au contribuable. (…) Le fait qu’il amène ses enfants, si ça c’est un scandale, on est chez les fous ».

AFP

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