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Déchets de poissons : une mine d’or jetée aux requins

jeudi 8 juin 2017

poisson déchet

Chaque année, 1 200 tonnes de déchets de poissons, produits par le port de pêche de Papeete, sont rejetées à la mer. (© archives LDT)


Le port de pêche de Papeete cherche désespérément un prestataire pour “enlever et valoriser” ses déchets de poissons. Engrais, farine, méthane… Les carcasses, les têtes et les arêtes sont une vraie mine d’or, mais n’ont pas encore trouvé de débouchés porteurs au fenua. En attendant, elles nourrissent les requins.

Que faire des déchets de poissons du port de pêche de Papeete ? Chaque jour, à Fare Ute, une fois les bonnes parties mises au frais, les mareyeurs chargent trois tonnes de têtes, carcasses et arêtes à bord d’un petit rafiot, qui les déversent au large.

Deux allers-retours quotidiens qui coûtent “quelques millions” par an à la société d’économie mixte du port de pêche de Papeete, communément appelée S3P. Un gâchis de ressource fraîche qui n’aurait pour conséquence que d’attirer les requins.

Voilà trois ans que la S3P a donc l’idée de “faire autre chose” de ces déchets de poissons, comme “les transformer en engrais ou en farines et granulés pour nourrir d’autres animaux”.

La semaine dernière, un nouvel appel à candidatures a été publié pour les enlever et les valoriser. Les pêcheurs applaudissent (lire ci-dessous).

Mais il y a un hic : le marché n’a, jusqu’à présent, jamais trouvé preneur.

“On n’a plus d’espace disponible au port de pêche pour installer un recycleur”, explique d’abord Torea Thuret, le directeur général de la S3P. “Or, à notre niveau, on atteint 1 200 tonnes de déchets par an, donc il faut quand même une certaine infrastructure pour gérer.”

Avec ses camions et son “éco-digesteur” de compétition, capable de traiter deux tonnes de déchets par jour, la société Technival serait toute désignée pour effectuer des ramassages journaliers. Elle répond d’ailleurs à l’appel d’offres chaque année. “Mais seulement moyennant finances”, souligne Torea Thuret. “Or nous, on veut donner les déchets gratuitement.”

En clair, après des années de déficits comblés à coups de renflouements publics, la société d’économie mixte du port de pêche, qui semble à peine se remettre sur pied, ne souhaite pas rémunérer son nouveau prestataire.

Ce dernier bénéficierait, en contrepartie de ses services, d’une matière première gratuite pour fabriquer des produits organiques. Et c’est leur revente qui, d’après elle, lui permettrait de s’y retrouver a posteriori.

 

Aucun modèle économique viable ?

 

“Le poisson frais est un excellent gisement pour être transformé. En économie circulaire, les déchets du port de pêche sont géniaux, car l’approvisionnement est régulier et en quantité importante”, confirme Karel Luciani, qui a travaillé sur la valorisation des déchets de poissons à la Communauté du Pacifique (CPS), et qui commercialise depuis février 2016 des engrais naturels au fenua.

Les expériences déjà menées par plusieurs professionnels (dont lui-même) n’ont toutefois pas permis de dégager ici un véritable modèle économique.

Une tentative de valorisation en engrais n’a pas trouvé le débouché escompté auprès des agriculteurs du fenua.

Un projet d’usine pour fabriquer de la farine afin d’en faire des croquettes pour chiens a été enterré. Pas assez concurrentiel. Reste des études en cours pour un méthaniseur, mais rien n’est encore fait (lire ci-dessous).

Pas sûr, donc, qu’une entreprise parvienne dans les conditions actuelles à rentabiliser son marché avec la S3P. Et en attendant, les carcasses sont toujours rejetées à la mer.

“La société d’économie mixte est coincée dans un problème écologique, parce que ce n’est pas bien de nourrir les animaux sauvages, mais c’est toujours mieux que d’enfouir les déchets…”, conclut Karel Luciani. “J’ai mal au cœur. C’est dommage de gâcher une telle ressource, parce que ça reste du poisson frais. Je serais content si quelqu’un trouvait une solution, au lieu de faire grossir les requins tigres.”

À défaut d’une unique chaîne de valorisation bien dessinée, plusieurs interlocuteurs suggèrent une troisième voie : laisser la liberté aux mareyeurs d’utiliser une partie des résidus pour nourrir leurs chiens par exemple, ou conclure des accords au compte-gouttes avec de plus petits entrepreneurs intéressés par cette ressource. Pour l’heure, la S3P leur interdirait de le faire.

 

Marie Guitton

 

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