Valoriser l’usage traditionnel des plantes médicinales

    lundi 2 mars 2015

    L’association Haururu a organisé le week-end dernier un premier séminaire dédié aux plantes médicinales et à la médecine traditionnelle. Cette rencontre s’est effectuée en tahitien ce qui a permis à des tradipraticiens de s’exprimer à propos de leurs pratiques. De nombreux sujets ont été évoqués permettant un premier bilan. D’autres rencontres sont prévues tout au long de l’année.

    Débuté vendredi dernier pour se terminer dimanche à 14 heures, ce séminaire a rassemblé une bonne trentaine de personnes.
    Sa mise en place “correspondait à un besoin diffus, et également un peu confus d’éclaircissement. Il visait aussi à rassembler des gens intéressés par cette médecine”, explique Yves Doudoute, ancien président de l’association Haururu et coorganisateur de la rencontre.
    L’événement a permis ainsi à une dizaine de “soigneurs” tradipraticiens de s’exprimer sur le sujet alors qu’ils sont habituellement peu loquaces en ce qui concerne leur art, surtout en français. C’est, en effet, en reo Tahiti que s’est tenue cette rencontre, la langue étant vecteur de la culture. Pour Haururu, qui a orienté ses activités depuis 20 ans autour de la valorisation de la culture polynésienne, associée à la protection de l’environnement, il est important que ces échanges puissent s’effectuer en langue tahitienne.

    “On s’aperçoit qu’ils ont des recettes souvent très semblables, avec des nuances, ce qui permet de comprendre qu’il y a une transmission qui s’est effectuée sur des générations à partir d’une base commune. Ils ont des choses à nous apprendre.”

    Le séminaire a également regroupé des personnes intéressées de manière plus large à resituer ces pratiques traditionnelles dans un contexte social qui les a longtemps ostracisées, malgré des tentatives régulières de valorisation, notamment de la part d’associations. “La plupart ont rencontré des freins, venant de l’État ou du Territoire, alors qu’au départ il y avait une bonne volonté de partage”, explique Sunny Walker.
    Et le président de l’association Te Hivarereata de rappeler qu’il existe depuis 2007 au niveau de l’ONU un texte concernant les droits des populations autochtones.

    “Ce qui leur permet, si elles en ont la volonté, de développer leurs pratiques traditionnelles : de la protection des sites à la pratique d’anciennes croyances et bien sûr à la médecine traditionnelle. Il ne faut pas hésiter à recourir à ce droit.”

    Il a bien sûr aussi été question de l’exercice de la médecine traditionnelle dans le cadre de la législation actuelle, qui oblige souvent les soigneurs à des restrictions de fait.

    “L’espoir que l’on a, dans quelque temps, c’est de réconcilier les différentes médecines : la médecine conventionnelle occidentale et les médecines traditionnelles, dont les pratiques polynésiennes”, insiste Yves Doudoute.

    Une démarche, ont précisé différents intervenants, qui ne doit pas s’effectuer dans le conflit. Une ancienne professionnelle de santé, ayant exercé en Polynésie française mais également au fait de nombreuses pratiques au niveau international, a expliqué : “Il faut réunir les deux approches. On ne peut pas aller contre le système actuel. Mais il faut augmenter la confiance, l’estime de soi, l’estime de sa propre culture. Ne pas chercher absolument à se faire reconnaître par des instances extérieures. S’enraciner, être sûrs de qui on est. Ce qui permet de se réapproprier des connaissances oubliées et ainsi offrir une alternative différente, au même titre que celles que l’on voit émerger ailleurs dans le monde.”
    Pour mémoire, il a aussi été rappelé que la découverte des îles par les Polynésiens et leur établissement sur celles-ci, il y a plus de mille ans, n’aurait pas été possible sans leurs connaissances des plantes. Les fruits et leurs graines, la sève, les fleurs, les bourgeons, les feuilles, les racines ou les écorces… La grande variété de plantes qu’ils ont rencontrées durant leurs pérégrinations a ainsi servi à l’élaboration d’une “trousse à pharmacie” naturelle extrêmement variée, elle aussi.

    De notre correspondant C.J.

    Un autre séminaire le 14 mai

    Nombreux ont été les sujets évoqués lors de ce séminaire. Entre autres, la protection des connaissances traditionnelles pour éviter le “pillage” par les multinationales qui brevettent les principes actifs découverts dans les plantes indigènes ; ou bien la nécessité de maintenir vivante une approche sensible des plantes, différente mais complémentaire de la démarche mécanicienne et analytique visant à extraire des molécules de plantes au profit du business pharmaceutique. On a enfin insisté sur la nécessité de planter et d’encourager à planter les végétaux qui font partie de la pharmacopée polynésienne traditionnelle depuis des générations. Un autre séminaire aura lieu au Fare Hape le 14 mai, une semaine avant la célébration de Matarii i raro.

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