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La vanille de Tahiti au prix du caviar

mercredi 13 décembre 2017

vanille

La vanille mûre se négocie entre 20 000 et 25 000 F le kilogramme, en cette fin d’année (6 814 F le kilogramme en moyenne en 2016). (© archives LDT)


Le cours de la vanille de Tahiti flambe en cette fin d’année : 20 000 F le kilogramme à la sortie des exploitations, 60 000 F le kilogramme de vanille préparée. Ce prix très élevé est notamment la conséquence de la faible production. Ainsi, le Pays veut lancer un programme d’investissement d’un milliard en trois ans pour 300 nouvelles ombrières.

Soixante mille francs ! C’est le prix, historiquement haut, d’un kilogramme de vanille de Tahiti séchée en cette fin d’année. À la sortie des exploitations, le kilogramme de vanille mûre se négocie au-dessus de 20 000 F en ce moment (il faut trois kilogrammes de vanille mûre pour préparer un kilogramme de vanille séchée).

Cette situation, due à la faiblesse de la production depuis 2015, fait temporairement les affaires des producteurs, mais constitue une menace sur les exportations. Et le yo-yo du prix de la vanille depuis quinze ans est surtout le symptôme d’une filière qui peine à se structurer.

Pour relancer la production, le Pays lance en 2018 un nouveau programme d’investissement : 300 ombrières déployées d’ici 2020, un milliard de francs d’investissement en trois ans (lire ci-dessous). Objectif : onze nouveaux hectares de ces vanilleraies artificielles.

Ce grand plan d’investissements ressemble à s’y méprendre à celui qui a eu lieu en 2003 à la naissance de l’Établissement public à caractère industriel et commercial (Épic) Vanille de Tahiti (280 ombrières subventionnées) et qui est loin d’avoir tenu ses promesses.

Faute d’être accompagné d’une action sur les exportations, ce plan a créé un déséquilibre entre l’offre et la demande, provoqué un effondrement des prix en 2009 et l’abandon massif des producteurs.

La production de vanille mûre a culminé à 80 tonnes en 2009 puis s’est effondrée jusqu’à atteindre 13 tonnes en 2015, trois fois moins qu’avant le plan de 2003 !

Selon l’Institut de la statistique (ISPF), le volume des exportations a chuté de 63 % entre 2014 et 2015, mais connaît depuis janvier 2017 une hausse de 75 % en valeur par rapport à 2016 grâce à la flambée du cours.

“Certains acheteurs préfèrent s’orienter vers les produits transformés, poudres et arômes, en attendant que la gousse redevienne abordable”, dit Carine Yip-Vairaaroa, qui dirige Vanille de Tahiti depuis fin 2014.

Depuis quinze ans, et malgré Vanille de Tahiti, la filière ne parvient pas à se stabiliser. Les volumes et les prix ont varié du simple au triple au cours de ces huit dernières années.

Le nombre de producteurs est en chute régulière : 1 163 producteurs en 2003, 700 en 2017 selon l’établissement public.

 

De l’utilité de Vanille de Tahiti

 

Et les projets mettent un temps fou à se concrétiser. Comme cette appellation d’origine protégée (AOP), envisagée dès la naissance de Vanille de Tahiti en 2003 et qui devrait voir le jour au plus tôt en 2019, selon Carine Yip-Vairaaroa.

Certes, les 13 changements de gouvernement entre 2004 et 2014 n’ont pas aidé. Mais l’existence même de cette structure est une incongruité soulignée par la chambre territoriale des comptes qui, dans un rapport de septembre 2015, qualifiait d’“anomalie (…) le fait pour un Épic de recevoir l’essentiel de ses ressources de la collectivité publique”.

Vanille de Tahiti reçoit chaque année une subvention d’exploitation de 190 millions de francs, dont 120 millions pour payer les salaires des 33 employés de la structure. 80 % du budget de l’établissement provient des deniers publics.

Sur 33 employés, seulement 12 agents “vulgarisateurs” sont chargés de former les exploitants sur le terrain. Ils sont débordés et “il y a des mécontents”, avoue la directrice de l’Épic.

Vanille de Tahiti n’est pas une organisation de producteurs : pour préparer l’AOP, il a fallu créer le 1er février 2017 une association interprofessionnelle de la vanille de Tahiti, présidée par Guy Tauatiti à Raiatea.

Dernière étrangeté : le milliard de francs d’investissements prévu pour la vanille dans les trois prochaines années ne sera pas inscrit dans le budget de l’Épic, mais passera par celui de la direction de l’agriculture.

Vanille de Tahiti vivra-t-il encore longtemps ? “Je le souhaite, répond Carine Yip-Vairaaroa. Nous sommes un bon outil d’accompagnement de la filière et la vanille a un avenir prometteur en Polynésie française.”

 

Benoît Buquet

 

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