Vanuatu – L’île-volcan au cœur d’un « business » qui ne fait pas que des heureux

    jeudi 2 avril 2015

    Ambrym est le volcan le plus actif de l’archipel et l’un des plus actifs au monde. Il suscite bien sûr l’intérêt des volcanologues mais aussi des chasseurs d’images, passionnés par les entrailles de la Terre. Sur l’île-volcan, les méthodes de ces derniers sont contestées.
    Le 10 mars dernier, nous publiions un article consacré au survol par des drones du cratère du Marum, sur l’île d’Ambrym. Les images du réalisateur Sam Cossman, impressionnantes, faisaient le tour du Web et des articles vantaient l’exploit humain et scientifique. Cette mise en scène spectaculaire d’un des volcans les plus actifs de la planète, si elle en a initié la modélisation 3D, n’était pas une première. Le Néo-Zélandais Geoff Mackley en est devenu un spécialiste. Ces aventuriers avides d’expériences extrêmes, qui mobilisent de gros moyens, des volcanologues qui travaillent sur le terrain les observent avec circonspection.
    Thomas Boyer est de ceux-là. Depuis sept ans, ce géologue-volcanologue se rend régulièrement au Vanuatu, y passe même plus de la moitié de l’année. Le jeune chercheur a fui les laboratoires universitaires pour mener la vie d’un scientifique « explorateur ». « Ma démarche est respectueuse des lieux, dans un esprit d’expédition à l’ancienne, de découverte, de savoir puis de partage, avec un objectif sportif aussi. »
     
    Respect. Sur Ambrym, la plupart des sites volcaniques étaient des endroits tabous il y a vingt ou trente ans, rappelle-t-il. Aujourd’hui, ce sont des endroits accessibles, mais « il faut garder le respect, monter à pied, travailler avec les villageois, faire participer les jeunes… On n’y va jamais seul, toujours avec un guide local, on boit le kava et puis on monte ensemble ».
    Thomas Boyer couvre les éruptions « à la manière des Kraft », ce couple de volcanologues français morts en 1991 sur le mont Unzen au Japon, victimes d’une nuée ardente. Il défend une pratique humble. Bien loin du « business » qui « rapporte beaucoup d’argent sans que rien ne revienne aux gens d’Ambrym », fait se déplacer des hélicoptères, se déployer des camps et utiliser des moyens mécaniques qui heurtent l’esprit des lieux. Car sur Ambrym, les vieux en sont persuadés, c’est parce qu’il y a eu « beaucoup de bruit » dans le volcan qu’il est entré en éruption. Eux qui vivent avec ne voient pas d’un bon œil toute cette agitation, rapporte Thomas Boyer.
     
    Fracture. Le 20 février dernier, un tremblement de terre ouvrait deux nouvelles fractures dans la caldeira de l’île-volcan, qui s’étend sur 12 km de diamètre et contient le Marum et le Benbow. Une première grande fracture, qui a donné une coulée massive vers l’est et de petites explosions tout le long, et une deuxième petite fracture adventive au Marum. Le nouveau volcan qui s’est formé a été nommé par les habitants Dedene (confusion), en raison de la confusion qui a régné parmi la population au cours de l’événement sismique. Thomas Boyer était sur place, prenant des photos, prélevant des échantillons, faisant des relevés de température… de quoi alimenter les bases de données de Geohazards. Cette activité scientifique indépendante, il la finance au gré des soutiens qu’il trouve ou des treks qu’il organise. Et il aimerait faire des émules. Mais face à l’escalade de moyens et d’images spectaculaires, le géologue s’interroge : « Qu’est-ce qu’on va devoir faire pour attirer les jeunes, nager dans un lac de lave?»

    LNC

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