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La Foire agricole souffle le vent du bio

jeudi 4 octobre 2018

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Moetini Moutame (en bleu) avec ses stagiaires et de jeunes collègues agriculteurs.

La 33e édition de la Foire agricole a ouvert ses portes vendredi dernier (lire notre édition de lundi) avec pour thème, cette année, l’innovation des produits locaux”. Ce choix thématique a séduit le public, venu particulièrement nombreux depuis l’ouverture, de l’aveu même de la présidente de la chambre de l’agriculture et de la pêche lagonaire (CAPL), Yvette Temauri. Et le bio aussi prend du poids, comme La Dépêche de Tahiti a pu le constater sur place, hier.

Chez les Moutame, on est bio de génération en génération. Après Thomas, tavana de Taputapuatea, à Raiatea, place à Moetini, agriculteur bio depuis dix ans maintenant (lire interview). Il a fait ses études tout d’abord au lycée agricole au fenua, puis sa licence dans l’Hexagone, son master aussi et a travaillé pendant un an dans une exploitation bio de 400 hectares aux États-Unis, après avoir été piqué au bio par son père.

Tout ça, c’est un bagage papier mais quand j’ai commencé à planter mes premières salades, cela n’a pas poussé”, confie ce jeune et jovial agriculteur, intarissable sur le bio. “Et c’est justement (grâce au) partage avec les agriculteurs traditionnels et les autres”, qu’il a pu avancer dans son exploitation, située à Papara. “Les vieux nous en apprennent tous les jours et eux aussi continuent à apprendre, même après 40 ans de métier, car il y a des nouvelles maladies, il faut s’adapter au climat d’aujourd’hui. C’est cela la difficulté de l’agriculture aujourd’hui, c’est beaucoup d’aléas à gérer, pense Moetini Moutame. Il a démarré avec les salades et aujourd’hui, il produit concombres, aubergines, courgettes… même si la salade reste son produit phare. Il vend un peu partout à Tahiti, grandes surfaces comprises, avec ses deux hectares de production. “Aujourd’hui, par mois, on fait plus d’une tonne et demie de salades”, confie-t-il, non sans oublier de préciser que c’est du labeur.

Le bio passe mieux chez les jeunes agriculteurs

 

Il n’était pas le premier à faire du miel à Rangiroa. Un certain monsieur Tetua avait introduit des abeilles de Makatea à Rangiroa, en 1966, mais cela fait 20 ans que Ludwig Blanc fait du miel aux Tuamotu (lire interview).

Il a 50 colonies pour l’instant, après une perte de production mais a pour objectif d’en avoir une centaine bientôt, confie ce “militant” du miel polynésien, convaincu du potentiel du produit “made in fenua”, sur la scène internationale, à condition d’y mettre les moyens.

Nous avons autant de mérite que de nombreux pays comme la Martinique ou la Calédonie qui gagnent des médailles. On a nos chances, il y a du très bon miel en Polynésie, dit-il, entre deux ventes.

On est obligé de suivre l’évolution du monde”

 

Pas de foire sans organisateur. “On a des restaurants, des snacks mais aussi des concessionnaires avec leurs machines agricoles, ce qui permet aux agriculteurs de les voir, avec de belles promotions”, explique Yvette Temauri, entre deux problèmes d’intendance à gérer. “Il faut gérer les humeurs des uns, des autres. À la fin de la journée, on est épuisé.”

Cela fait onze ans qu’elle est à la tête de la CAPL et huit ans qu’elle chapeaute cette foire, depuis que la CAPL en est l’organisatrice. Et elle se réjouit également des meilleures relations entre agriculteurs et distributeurs, qui jouent enfin le jeu pour mettre en avant les produits du fenua, comme récemment cote ouest (lire notre édition du 18 juillet, “les “nouveaux commerçants” affichent la couleur”). “Et cela a une incidence sur les prix, on a pu donner nos marges. Ils jouent le jeu”, se réjouit Yvette Temauri.

Quid de l’agriculture en Polynésie, dans dix ans, selon elle ? “Il faut toujours améliorer les choses, on est obligé de suivre l’évolution du monde dont fait partie le bio. Nous, à la chambre, nous allons mettre en place comme une centrale d’achat ou de coopérative de graines. Elles sont trop chères pour nos agriculteurs. Nous comptons mettre en place une assurance pour les agriculteurs, en cas d’intempéries, explique la présidente de la CAPL, qui regrette quand même que les banques ne soient pas intéressées pour mettre à disposition un distributeur automatique de billets sur place, malgré de nombreuses demandes, chaque année.

Et bien évidemment, comme on peut le constater avec toutes ces émissions de télévision sur la malbouffe, le bio, même plus cher, séduit un public de plus en plus nombreux. “Si le produit est bon, on payera toujours plus cher”, expliquent de jeunes nouveaux résidents, venus lancer une nouvelle activité nautique. On aime “manger local”, il est bon de manger bio, allons vers le “manger  local bio.

Christophe Cozette

 

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3 questions à…

Yvette Temauri, présidente de la chambre de l’agriculture et de la pêche lagonaire

Moi-même, je découvre plein de choses”

Nous sommes à mi-parcours de cette édition. Comment cela se passe-t-il ?

Tous les jours, il y a énormément de monde. Ce n’est pas la première foire que j’organise, je n’ai jamais vu autant de monde que cela, c’est sans doute le thème qui a plu. On a fait 40 000 visiteurs l’année dernière, on va battre ce chiffre. Et comme tous les jours, il y a des démonstrations, des dégustations, les gens ont envie d’apprendre et de goûter. Surtout avec notre campagne “manger local”, les gens aiment découvrir de nouvelles cuissons et recettes. Et en plus, ils peuvent voter pour leur produit préféré et pour les écoles, on a fait des parcours pédagogiques, qui marchent très bien aussi. C’est important pour moi, que les gens puissent ramener ces recettes dans leurs familles et que les jeunes puissent aussi goûter ces plats.

Il y a de plus en plus de produits transformés

Oui, particulièrement cette année, moi-même je découvre plein de choses. Il y a de plus de plus de transformateurs qui s’inscrivent, c’est pour cela qu’il nous faut un endroit plus grand. On a 310 exposants venus de nombreuses îles comme les Australes et les Marquises et on a une liste d’attente de plus en plus grande.

Manger local, ça marche, mais le manger bio aussi…

Oui, on pousse les gens à aller vers le bio mais les agriculteurs aussi. Beaucoup utilisent des pesticides mais ne savent pas les utiliser, surtout pour les doses, trop fortes. C’est pour cela que l’on a fait aussi des formations pour savoir comment bien les utiliser. Le message passe mais c’est plus difficile pour les agriculteurs âgés, mais il y a de plus en plus de bio, c’est bien. On a fait un Tere faati bio à Papara il y a un mois, qui a attiré plus de cent personnes. On compte en refaire un à Taravao dans une ferme bio, dans un mois.

Propos recueillis par C.C.

 

Les prix sont attractifs”

Romain, Philippe et Karine, visiteurs

 

Est-ce votre première Foire agricole ?

Oui, nous sommes arrivés à Tahiti, il y a quatre mois.

Qu’en pensez-vous, pour une première ?

C’est diversifié, il y a du choix, c’est intéressant et les prix sont attractifs. Nous avons acheté des plantes, des fruits et des légumes.

Vous faites attention aux produits bio ?

Oui et nous en avons achetés même si nous ne sommes pas sûrs qu’ils soient réellement bio. Ils étaient marqués bio.

Le prix du bio est-il un frein, pour vous ?

Il ne faut pas que le prix soit doublé mais il est justifié que cela soit un peu plus cher. Si le produit est bon, on payera toujours plus cher.

Propos recueillis par C.C.

 

 

Aujourd’hui, à l’export, nous sommes limités à deux kilos par paquet”

Ludwig Blanc, apiculteur depuis 20 ans aux Tuamotu (Miri Tuam’s)


Où vendez-vous vos produits ?

Ils sont en vente exclusivement lors de la Foire agricole et à Rangiroa. J’ai eu une baisse de production, nous n’avons pas développé la commercialisation sur Tahiti, sans compter que l’on a des frais et cela fait des productions plus chères au final. Je préfère me cantonner à livrer ma clientèle de Rangiroa et à travailler avec les touristes, de passage là-bas. La foire est une vitrine pour se faire connaître, pour participer à des concours et pour montrer que dans les îles, on ne reste pas les bras croisés. Il m’arrive de revoir des clients de la Foire agricole, à Rangiroa, d’autres me demandent de leur envoyer un carton de miel, à Tahiti. Et j’exporte un petit peu aussi à l’étranger pour des particuliers ou des sites Internet de vente en ligne, mais nous sommes limités car le Pays doit demander l’autorisation auprès de l’Europe, pour que Tahiti exporte du miel en quantité. Aujourd’hui, nous sommes limités à deux kilos par paquet.

Vous faites du miel, mais pas uniquement. Que faites-vous comme produits dérivés ?

On fait les produits de la ruche, du pollen, de la cire, de la propolis et de la gelée royale. Le miel est le produit demandé par tous, les autres produits représentent environ un quart des ventes.

Il y a eu un vrai engouement sur la production mais sur les prix aussi, ces dernières années…

Oui, il y a eu flambée des prix, suite à l’interdiction de l’importation du miel pour éviter les maladies. À partir de là, il y a eu pénurie et les prix ont flambé, certains ont surfé sur la vague du miel cher, d’autres ont commencé à trafiquer leur production. Aujourd’hui, on arrive à s’autosuffire et les prix redeviennent raisonnables.

Vous accordez beaucoup d’importance à votre packaging…

Oui, bien sûr, je pense que c’est 50 % du travail, le packaging et le marketing. Vendre des bouteilles sans étiquette, c’est bien pour les acheteurs de proximité, mais si on veut toucher des marchés à l’export ou des gens qui voyagent, c’est clair qu’il ne faut hésiter à faire un joli packaging, cela peut aussi faire des cadeaux sympas.

Hormis cette demande à l’Europe pour l’export, que pourrait-on faire, selon vous, pour que le miel polynésien soit aussi connu que la vanille de Tahiti, par exemple ?

Il faudrait une prise de conscience de nos dirigeants. La vanille de Tahiti a son propre stand à la Foire agricole, mais nous, nous n’avons jamais été conviés. Et vu le coût d’un stand ou d’une sélection à un concours, c’est juste impossible alors que nous avons autant de mérite que de nombreux pays comme la Martinique ou la Calédonie qui gagnent des médailles. On a nos chances, il y a du très bon miel en Polynésie.

Propos recueillis par C.C.

 

3 questions à…

Moetini Moutame, agriculteur bio

Je suis étonné de cet engouement pour le bio”

 

Le bio, ça vous connaît

Le bio, c’est de génération en génération. Mon papa, Thomas, a tapé dans la ruche. Au début, le sujet était un peu polémique, on parlait du bio, sans plus. À l’époque, faire du bio pour un agriculteur traditionnel, c’était comme de lancer une pierre sur eux. Et pourtant, quand je me suis lancé dans le bio, c’est aussi grâce à eux que j’ai appris, il ne faut pas l’oublier. Leur savoir-faire peut être utilisé pour le bio aussi.

Il y a un vrai engouement pour le bio…

Oui, trois fois oui. Pour le moment, le prix n’est pas un frein pour le consommateur. Je suis étonné de cet engouement, ils ne se posent même pas de question mais je comprends les gens qui trouvent cela cher. Avec toutes ces émissions de télé, on voit bien que nous sommes dans un système alimentaire mauvais pour nous et notre santé. Avec le bio, cela permet de recadrer, on est réglementé, certifié au maximum, si on triche, on perd notre certification. Cela a un coût certes, mais manger bio, ce n’est pas que manger un produit sain, c’est aussi un retour d’une culture traditionnelle qui respecte la terre.

Selon vous, que faudrait-il pour développer l’agriculture bio ?

Des terres. On ne plante pas les légumes dans l’eau ou dans les airs. C’est le problème aujourd’hui, le Pays devrait mettre à disposition des terres domaniales partout et imposer le bio, avec un cahier des charges bien précis. Et accompagner les jeunes qui se lancent dans l’agriculture. Le Pays a planté les graines, les jeunes, mais c’est comme les tortues, il y en un seul sur 100 qui va réussir son entreprise. Il n’y a pas de suivi ensuite, malheureusement.

Propos recueillis par C.C.

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