Vingtième anniversaire de la brigade des sapeurs-pompiers de Mahina

    mardi 9 mai 2017

     

    POMPIER

    L’aventure a débuté avec trois pompiers et sans même un camion de pompier pour lutter contre l’incendie. (© archives LDT)


    Créée en 1997, la brigade des sapeurs-pompiers de Mahina fête ses 20 ans. L’aventure a débuté avec trois pompiers et sans même un camion de pompier pour lutter contre l’incendie. Parmi les premières recrues, Richard Haupuni, l’actuel chef de corps, parle de sa profession.

    Depuis quelques jours, il y a comme des préparatifs de fête aux abords de la brigade des sa­peurs-pompiers de Mahina. Au bout de longues perches en bambou plantées ici et là, des rubans colorés flottent au vent et, sur le terrain vague d’en face, un chapiteau est installé.

    La commune célèbre ce matin le 20e anniversaire de la création de sa caserne de pompier. C’est exactement une délibération du 13 février 1997 qui a officialisé cette naissance. Émile Vernaudon s’était vu accorder un coup de pouce du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). En échange de quelques équipements, le maire acceptait d’intégrer dans sa brigade quelques personnes rapatriées de Moruroa.

    La première équipe est en place. Marc Desclaux a alors sous ses ordres Joseph Mai et Robert Reva. La caserne n’est dotée que d’un camion d’accompagnement (avec des tuyaux, mais sans citerne), d’une 205 de reconnaissance et d’une motopompe remorquable (encore en fonctionnement aujourd’hui). Très vite, la commune lance un appel à candidature pour recruter 12 personnes. Ils sont tous de Mahina.

    Certains sont déjà du métier, les autres vont apprendre le métier.

     

     

    Montée en puissance

     

     

    Vingt ans plus tard, la brigade a bien changé même si elle est toujours située au bas de la route de Mahinarama. Aujourd’hui, la commune est dotée d’une caserne des mieux dotées, avec des véhicules de secours à personnes, des camions-citernes, un zodiac et même un jet-ski. En juin, la brigade devrait réceptionner un tout nouveau CCF, camion-citerne feu de forêt d’une valeur de 39 millions de francs.

    Côté personnel, l’équipe s’est bien étoffée également pour répondre aux sollicitations et assurer les gardes de nuit et de jour. Le centre d’appel compte cinq agents. Il y a deux personnels administratifs. Et la brigade tourne avec 12 pompiers professionnels et 19 pompiers volontaires.

    À la tête du centre d’incendie et de secours de Mahina, officie aujourd’hui le lieutenant Richard Haupuni. Il fait partie des douze premières recrues à la création de la caserne en 1997. Passé, en 2004, adjoint du duo Joseph Mai et Robert Reva (qui avaient remplacé Marc Desclaux après son départ), Richard Haupuni est promu chef de centre en 2007.

    L’homme accepte à condition qu’il décroche sa formation de lieutenant et de chef de groupe. De retour de l’Hexagone, sa nomination est validée par le haut-commissaire.

     

     

    Programme des festivités

     

     

    Aujourd’hui et demain, c’est avec la population que les sapeurs-pompiers de Mahina veulent fêter ce 20e anniversaire. Ce matin, une cérémonie officielle sera l’occasion d’une remise de galon et la titularisation chez les professionnels de trois stagiaires. Avant de souffler les bougies du gâteau d’anniversaire, la nouvelle pancarte du centre sera dévoilée. Au cours de la matinée, la caserne recevra la visite des collégiens, lycéens et jeunes du CJA.

    Les écoles seront accueillies demain matin. Les deux après-midi seront ouverts au grand public de midi à 15 h 30. Les pompiers proposeront des démonstrations et animeront des ateliers. Le public pourra s’essayer aux gestes de premier secours, à la confection de nœuds ou au parcours adapté opérationnel.

    Les équipes du centre feront étalage de leurs techniques lors d’une simulation de reconnaissance dans un local enfumé, de l’utilisation du matériel de désincarcération et de bûcheronnage. On pourra également découvrir les équipements des différents véhicules. En cette date d’anniversaire, la brigade et ses hommes méritaient bien d’être à l’honneur.

     

    J.-L.M.

     

     

    Richard Haupuni, chef de corps : “Ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce que l’on fait”

    richard haupuni

    (© Jean-Luc Massinon)

    Vingt ans après la création de la caserne, pouvez-vous dire que le métier est différent aujourd’hui ?

    Avec du recul… non, le métier n’a pas changé. Il reste toujours le même. Mais quand on a démarré il y a 20 ans, on n’avait pas tous les équipements qu’on a aujourd’hui. On va dire qu’il y a eu davantage une évolution technique.

     

    Si le métier n’a pas changé, le public pour lequel vous intervenez complique-t-il votre tâche ?

    Non, on peut dire qu’il y a de nouveaux risques. À nous de nous former en fonction de ces évolutions. Par exemple, aujourd’hui, au fenua, nous avons des véhicules électriques et la méthode d’intervention n’est pas la même.

     

    Comment on devient pompier et comment on le reste, quand on sait la difficulté du métier ?

    Pour moi, ce n’est pas un métier. C’est d’abord une vocation. Car ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce que l’on fait. On ne peut pas dire “je veux faire ce métier” car, sans vocation, ce n’est pas bon. Il faut espérer que le jeune qui entre chez les pompiers découvre la vocation, alors, il pourra évoluer et se construire une carrière.

     

    Pour vous, c’était un rêve d’enfant d’être pompier ?

    Si je suis à cette place actuellement, c’est un peu grâce à mon père et ma grand-mère. J’étais pompier aérodrome. J’ai exercé à Moruroa et Hao. Mais à la fin de mon service militaire, j’ai exercé une autre activité. J’étais conducteur d’engin. Et c’est ma grand-mère qui a vu dans La Dépêche l’annonce dans laquelle la commune de Mahina recherchait douze candidats.

    Comme j’avais déjà été pompier, ma grand-mère et mon père m’ont incité à poursuivre dans cette voie. J’ai tenté, et c’est devenu une vocation. Il faut savoir qu’à l’époque nous avions différents contrats, mais nous ne comptions pas nos heures. S’il y avait un appel, on y répondait même si parfois on ne gagnait rien à intervenir. C’est ça la vocation ; aider son prochain.

     

    La vocation permet de faire abstraction des drames, des blessés… des morts ?

    En 20 ans de carrière, j’en ai vu des choses horribles. Mais faire abstraction… oui et non. On est obligé de garder son sang-froid et d’être courageux. C’est pourquoi la devise du pompier est : courage et dévouement, sauver ou périr. Mais il ne faut pas oublier que, derrière l’uniforme, nous sommes humains. C’est en rentrant chez soi que les images reviennent et c’est vrai que ce n’est pas facile. Mais l’équilibre, on y parvient grâce à la famille. Si je n’avais pas une famille derrière, même moi, j’aurais lâché.

     

    Pour les volontaires, qui n’ont pas encore cette vocation et cette carapace, ce doit être dur alors ?

    Aujourd’hui, seul le statut différencie les personnels, professionnels ou volontaires, mais le métier reste le même. Les gestes restent les mêmes. C’est vrai que c’est dur pour les nouveaux qui affrontent brutalement ces situations. Certains s’effondrent. On peut demander de faire un suivi psychologique.

    En tant de chef de corps, est-ce un poids d’avoir la vie des administrés sur les épaules ?

    Indirectement, oui. Tous les jours, on est obligé de réfléchir à ce qui peut arriver et il faut penser aux plus petits détails. Quelle que soit la situation dans laquelle se trouve l’administré qui appelle le 18, on est obligé de la solutionner. Nous sommes des techniciens de ce savoir.

    La formation et les entraînements vous permettent de toujours avoir les gestes qui sauvent ?

    Le dicton dit qu’il ne faut jamais dormir sur ses lauriers. La formation est une chose, mais la réalité est différente. On peut apprendre et maîtriser une technique d’action mais, quand on arrive, il faut toujours s’adapter à la situation. Se remettre à niveau est important, c’est obligé. Car les techniques évoluent. En 1997, sur les incendies, nous avions une technique d’intervention qui a beaucoup changé aujourd’hui. Avec les nouveaux matériaux de construction, nous avons dû nous mettre à niveau.

    Ça reste un métier compliqué ?

    Oui, on est à l’abri de rien. Lors un incendie, par exemple, une mauvaise gestion opérationnelle peut se solder par des morts. Tout part de la base de l’analyse. Chez les pompiers, on utilise des formules mnémotechniques. C’est par exemple la MGO, qui est la marche générale des opérations. ça nous donne un canevas dont on ne peut pas sauter les étapes. Sauter une étape peut nous faire rater quelque chose d’important.

    Quels sont vos meilleurs souvenirs et les plus difficiles ?

    Pour tout pompier, mettre au monde un nouveau-né, c’est une action forte. Pouvoir récupérer une personne en arrêt cardio est aussi un moment fort. Mais plusieurs fois, on n’arrive pas à sauver la personne. Après, on peine un peu car on part toujours avec l’objectif de pouvoir remettre en route l’activité cardiaque. Parfois, les gens nous ont appelés un peu trop tard… c’est fini quand on arrive. En 20 ans, un autre fait marquant est d’avoir perdu une maison sur un feu de brousse.

    On a tout mis en œuvre, on a envoyé les engins, mais on ne maîtrise pas toujours les éléments. Avec le colonel, on a fait le point. Ce n’était pas un point noir car on avait sauvé 60 autres maisons.

    La brigade est fière d’être la première à avoir un poste de sauveteurs pour la surveillance de la pointe Vénus ?

    Oui. Du bas du Tahara’a à la pointe Tapahi il y a des panneaux qui indiquent “baignade non surveillée – baignade interdite”. Le précédent maire, Patrice Jamet, a pris la décision de mettre une partie du littoral sous surveillance pour les usagers. Aujourd’hui, c’est une fierté pour le centre, car c’est le premier poste en Polynésie française.

     

     

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