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Violences conjugales en série devant le juge unique

vendredi 29 septembre 2017

tribunal justice

“Papa et maman se tapent dessus quand ils boivent”, tels sont les propos désarmants de l’enfant d’un couple où la violence s’est banalisée. (© Florent Collet)

Moins retentissantes que celles de la cour d’assises qui finissent souvent par un décès, les affaires traitées devant le juge unique du tribunal correctionnel sont l’illustration hebdomadaire du mal qui touche bon nombre de foyers polynésiens, hissant le fenua au triste palmarès des régions les plus touchées par les violences conjugales.

En général, l’alcool est le complice fidèle de ces hommes à la main lourde. V.H., par exemple, a accumulé komo, vodka, rhum, pastis et bières avec des amis à Mataiea.

L’homme de 36 ans est énervé car il ne peut joindre sa femme pour qu’elle vienne le chercher. En vain. Il rentre donc en vélo et, arrivé dans sa servitude, surprend sa femme attablée avec un ami. Sans chercher à en savoir plus, il empoigne l’homme, le colle contre un mur et lui met un couteau sous la gorge pour avoir des explications.

Il le relâche puis s’en prend à celle qui est son épouse depuis 16 ans en lui mettant un coup de boule.

“C’était juste un coup de tête mais pas fort”, a-t-il tenté de minimiser durant sa garde à vue pour expliquer la blessure de sa femme. “C’est juste comme si je la poussais avec ma tête.”

Une scène qui a lieu sous les yeux d’un de leurs trois enfants. Ce dernier a d’ailleurs expliqué : “Papa et maman se tapent dessus quand ils boivent.”

Le procureur demande 4 à 6 mois de prison avec sursis et l’obligation de soigner ses problèmes d’alcool. Le juge le condamne à 5 mois et une mise à l’épreuve et conclut en reprenant l’aveu “désarmant” de leur enfant : “Vous vous rendez compte ce que cela signifie pour votre enfant, les fins de semaine ?”

 

“C’est bien beau mais ce sont des paroles d’ivrogne”

 

C’est un nouvel homme à la carrure imposante qui se présente à la barre, pieds nus. De l’autre côté de la salle, la victime, sa femme est appelée.

En mai 2017, J.P., ancien manutentionnaire, désormais sans emploi, boit durant tout l’après-midi. Sa femme souhaite désormais rentrer à la maison et lui demande d’arrêter.

La dispute commence et devant le refus de son conjoint, la jeune femme décide de partir sans lui et monte dans sa voiture. Une attitude que goûte peu J.P. qui se précipite à la voiture où a été installé leur enfant de 5 ans. Pas de quoi retenir J.P. qui assène plusieurs gifles à sa femme alors qu’elle est déjà au volant.

Il tire également sur la ceinture de sa moitié, ce qui la force à se libérer et sortir du véhicule. Mais une fois sortie de l’habitacle, elle reçoit plusieurs coups de poing au visage.

C’est la première fois que cette femme dépose une plainte et pourtant, “quand il ne boit pas, il menace. Quand il est bourré, il est méchant”, explique la jeune femme.

Devant le juge, J.P. admet que depuis les faits, il n’a rien fait pour modérer sa consommation d’alcool. “Je l’aime, je l’aime, je l’aime, je regrette, je ne recommencerai plus.”

Tels sont les propos répétés par le juge et prononcés par J.P. devant les gendarmes. “C’est bien beau, mais ce sont des paroles d’ivrogne”, tonne le juge après que la conjointe reconnaisse qu’il l’a de nouveau giflée les jours de beuverie.

Elle annonce qu’elle veut le quitter mais n’a pas d’autre endroit où vivre que dans l’appartement de son conjoint. Elle pourrait payer le loyer, mais lui se retrouverait dehors sans un sou. Elle ne demande d’ailleurs aucun préjudice. J.P. écope de 6 mois de prison avec sursis, l’obligation de se soigner et l’interdiction d’entrer en contact avec la victime, sauf pour voir ses enfants.

Le prochain rendez-vous devant le juge d’application des peines permettra de voir si la complexité de cette mesure a pu être surmontée.

 

Un voisin violent

 

Dans l’affaire suivante, c’est une nouvelle fois une femme qui est victime de violence, pas de la part de son mari mais d’un voisin et ami du quartier Hotuarea, à Faa’a.

Une histoire de “racontars et de rumeurs”, explique le juge en préambule. De retour des Tuamotu, W.R. apprend par sa femme que le voisin aurait tenté de la séduire en son absence.

W.R. va à la rencontre du voisin pour obtenir des explications. Lorsque ce dernier se présente, sa conjointe enceinte l’accompagne. Le ton monte et W.R. finit par asséner un coup de pied à la femme au ventre arrondi qui perd l’équilibre et ressent des douleurs, qui se révéleront sans gravité.

W.R. assure avoir frappé l’homme. C’est pourtant bien la femme qui porte des traces de coups à la jambe. En raison d’un casier judiciaire chargé. W.R. écope de 4 mois de prison et devra verser 10 000 F à la victime.

 

F.C.

 

 

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