Viti croit toujours en un hub…

    jeudi 18 août 2016

    viti

    Mario Nouveau et Bernard Foray, les président et directeur-général de Viti, disent avoir présenté au gouvernement un projet de câble reliant le Chili aux Etats-Unis via Tahiti il y a deux ans. Le meilleur moyen d’attirer la Chine, selon eux. (Photo : DR)


    Si le Pays cède la main aux opérateurs privés

     

    En laissant passer sa chance de se raccorder au câble Hawaiki, le Pays semble confirmer vouloir attendre de se trouver sur la route directe d’un câble transpacifique, qui serait utilisé aux deux bouts par des grandes nations, et donc qui serait rentabilisé par des flux importants.

    En avril, lors d’un sommet de la Pacific Islands Telecommunications Association (PITA) à Tahiti, le gouvernement avait ainsi parlé d’un câble Chine-Chili qui pourrait passer par Tahiti, en se rêvant déjà en hub international.

    Des négociations auraient aussi été entamées avec la Nouvelle-Zélande, dont des conclusions étaient attendues au courant de ce mois…

    Mais après l’heure, ce ne sera plus l’heure, semblent dire aujourd’hui les dirigeants de l’opérateur polynésien Viti, qui affirment avoir proposé un projet complet il y a déjà deux ans au gouvernement Flosse.

    Resté lettre morte, il aurait finalement été présenté à Édouard Fritch environ trois mois après son élection. Et depuis, silence. Leur idée est en deux temps.

    D’abord, tracer un câble Chili-États-Unis via Tahiti, en utilisant Honotua. Puis, ce faisant, imposer la Polynésie française comme un passage obligé entre la Chine et l’Amérique latine, pour s’assurer des flux importants.

    S’agissant de la première étape, Bernard Foray, le président de Viti, et Mario Nouveau, son directeur général, auraient rencontré en février 2014, au Chili, “l’ambassade de France, ainsi que l’ancien et le nouveau secrétaires d’État aux télécoms”.

    Ensuite, on a rencontré des opérateurs, lesquels nous ont dit qu’ils pourraient être intéressés”, assurent-ils.

    Le câble Honotua aurait-il vraiment la capacité de transporter des flux sud-américains ?

    Il n’a qu’une seule paire de fibre, c’est largement suffisant pour les besoins de la Polynésie française des vingt prochaines années, mais malheureusement, beaucoup trop peu pour prétendre devenir un hub international”, affirme Rémi Galasso, lorsqu’on lui demande pourquoi son propre câble Hawaiki ne passera pas par Tahiti.

    Honotua pouvait prendre la part de trafic que l’Amérique du Sud, notamment le Chili, le Brésil et l’Argentine, souhaitait envoyer à l’époque”, assurent de leur côté les gérants de Viti, en rappelant qu’il y a “encore deux Tera à vendre”.

     

    Casser le monopole de l’OPT

     

    Et si on passe à trois Tera, on divise par 10 les coûts actuels, affirment-ils. Nous réglerions le problème actuel de la redondance. Et en plus, on baisserait les prix !

    Le gouvernement d’Édouard Fritch aurait tendu l’oreille à de telles promesses. Une étude du Pays aurait été lancée début 2015. Mais l’opérateur Viti, qui ne connaît toujours pas ses conclusions, n’aurait plus jamais été reçu officiellement par le Pays.

    Nous avions bien rappelé que nous souhaiterions que le territoire ne soit pas moteur dans cette affaire, qu’un consortium privé d’investisseurs locaux et étrangers aurait la capacité de réaliser ce projet, puisqu’en face, il y a des gens qui sont intéressés”, explique pourtant le DG.

    À croire que le Pays n’est pas pressé de casser son monopole sur les télécoms extérieures, et donc indirectement celui de l’OPT, auquel Viti achèterait annuellement de la capacité à hauteur de 160 à 180 millions de francs.

    La seconde partie de l’opération, permettant de relier la Chine, resterait au contraire entièrement chapeautée par le gouvernement. Mais est-elle bien réaliste ?

    Elle laisse en tout cas perplexe Rémi Galasso, qui estime que l’heure est aux liaisons directes vers les États-Unis, où siègent les géants Google, Facebook, Netflix et compagnie.

    Les gérants de Viti ont une tout autre analyse : “La géopolitique actuelle, c’est aussi la Chine, qui a des intérêts dans le pétrole en Équateur, le gaz en Amérique du Sud, et qui regarde le canal de Panama, qui vient de s’agrandir… Elle veut avoir une connexion directe, souligne Mario Nouveau. Ce n’est pas une question de serveurs, c’est une question de se partager le monde. L’intérêt actuel de la Chine n’est pas de favoriser les États-Unis.

    Et puis, pour les responsables de l’opérateur polynésien, “si on fait déjà un Chili-Tahiti-États-Unis, on est sûr que c’est par là que passera la Chine. En revanche, si on ne bouge pas et que les Chiliens arrivent aux Fidji, on sera complètement oublié.” 

     

    M.G.

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete