Voeux – George Pau-Langevin : “Une association locale pour aider les victimes des essais à constituer leur dossier”

    vendredi 22 janvier 2016

    À l’occasion des vœux à la presse de la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, celle-ci est revenue pour La Dépêche de Tahiti sur les sujets propres à la Polynésie française : le problème de l’indemnisation des victimes des essais  nucléaires, la question de la réhabilitation de Pouvana’a a Oopa, l’évolution statutaire du Pays, la crise économique ou encore la venue du président de la République au mois de février.

    L’État a-t-il conscience du besoin de reconnaissance et de transparence des populations locales vis-à-vis des essais nucléaires ? En outre, quel est votre point de vue sur la question des rares indemnisations des victimes ? 
    Je ne peux pas être satisfaite de la situation actuelle, car la loi de 2010 n’a pas fait évoluer significativement le nombre de personnes indemnisées. Toutefois, une nouvelle étape a été franchie. La commission d’évaluation n’est plus à la charge du ministère de la Défense, elle est maintenant sous l’égide de Marisol Touraine, ministre de la Santé. De fait, l’approche sera différente. Mais il faut dès à présent voir de quelle manière aider les populations à monter les dossiers en les rapprochant physiquement ou non de la commission, voire tout simplement en les aidant dans la constitution des dossiers. 
    Certains souhaiteraient que la loi soit changée. Nous n’en sommes pas convaincus car nous pensons que la loi, telle qu’elle est formulée, répond aux besoins et ne s’oppose pas à l’indemnisation. Ce qui fait défaut, aujourd’hui, est le nombre de dossiers qui ont été déposés ainsi que la qualité de ceux-ci. 
    Même si je conçois qu’il y a peut-être une appréciation un peu sévère de la part de la commission sur l’imputabilité des maladies qui sont alléguées, il faut trouver une réelle solution pour aider les requérants à mieux constituer leurs dossiers. 

    De quelle manière comptez-vous les aider à constituer des dossiers ? 
    Il faudrait pouvoir rapprocher les demandeurs d’associations qui les aideraient à établir leurs dossiers, qui, à ce jour, ne semblent pas être suffisamment étayés. Je suis partisane de voir avec les autorités locales de quelle manière une association locale peut être créée pour aider ces personnes. Ce travail est en partie fait par l’association Moruroa e Tatou, mais pour le moment, cela ne suffit pas. Il est important de trouver des solutions pour épauler davantage les demandeurs. 

    Le ministère des Outre-mer serait-il à même de subventionner ces éventuelles associations ? 
    Le ministère de la Justice a des crédits pour les associations d’aide aux victimes. Cette nouvelle entité pourrait être une antenne d’une de celles qui existent déjà, mais elle serait totalement dédiée à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires. Le cas échéant, le ministère des Outre-mer ne verrait pas d’inconvénient à participer à la subvention de cette association. 

    Avez-vous des informations concernant la réhabilitation de Pouvana’a a Oopa ? 
    La demande est pendante au ministère de la Justice. Il doit juger si il y a suffisamment d’éléments pour provoquer la révision du procès. Nous attendons donc de savoir ce que le ministère de la Justice aura décidé à l’issue de l’examen de ces mêmes éléments. Il y a quelques mois, j’ai émis l’idée de faire connaître Pouvana’a a Oopa ainsi que son action à l’occasion d’une réunion qui aurait lieu au ministère des Outre-mer. Mais à partir du moment où le processus de révision a été enclenché au niveau du ministère de la Justice, il est clair que nous devons attendre l’avis de celui-ci. 

    Concernant l’évolution statutaire de la Polynésie française, que pouvez-vous dire sur les communes associées qui veulent défusionner ? 
    Plusieurs propositions d’évolution statutaire sont à prendre en compte en Polynésie française. La plus muable étant la question des communes associées, 
    car elle peut s’étendre sur plusieurs îles. En conséquence, une section de commune peut être gérée par une personne qui n’a pas été élue au niveau local. Nous avions suggéré de faire comme la ville de Paris, à savoir que la majorité locale est celle qui est représentative sur place dans le cadre de la loi sur la modernisation des droits des outre-mer. Mais les élus ont opté pour une concertation afin d’arriver à un consensus commun. Les propositions sur lesquelles ils se sont entendus et qu’ils ont présentées au congrès des maires au mois de novembre dernier ne s’éloignent pas trop de ce que le ministère des Outre-mer avait envisagé. Aujourd’hui, il semble néces-saire qu’un groupe de travail soit constitué afin d’avaliser ces propositions et de les peaufiner sur le plan juridique pour ensuite légiférer pour voir si cela est viable sur le terrain. 

    Comment l’État a-t-il prévu d’accompagner efficacement la Polynésie dans la traversée de la crise qui s’est installée ?
    Depuis deux ans, l’État accompagne la Polynésie française sur les problèmes engendrés par cette crise. Notamment en réglant un certain nombre de sujets tels que le Régime de solidarité de la Polynésie française (RSPF) en insufflant 12 millions d’euros (plus d’1,4 milliard de francs, NDLR) durant plusieurs années. Cela leur a permis de boucler ce dossier. Je peux donc en déduire que nous accompagnons efficacement la Polynésie française dans cette période difficile, d’autant plus que le président de la République se rendra sur place au mois de février. Ce sera l’occasion de voir avec lui quelles sont les priorités qui doivent être prises en compte. 
    Du point de vue du ministère des Outre-mer, il y a une réelle volonté d’accompagner la Polynésie et non de se substituer aux compétences qu’exercent les élus locaux, car elle est un territoire autonome. Que ce soit au niveau du développement économique, de la protection de la jeunesse ou de la protection sociale, tous ces points sont directement de la responsabilité de ces mêmes élus. L’État ne gère donc pas en direct. 

    Quel message l’État veut-il délivrer aux populations locales avec la venue du président de la République ?
    C’est une manière de montrer aux Polynésiens que la distance géographique ne fait pas d’eux des citoyens de second plan, car le président vient les voir. Ce sera l’opportunité d’échanger et de régler un certain nombre de problèmes. J’espère qu’à l’occasion de ce voyage, on pourra essayer d’avancer. Ce sera aussi le moment pour le président de voir comment aider les Polynésiens à faire face à la montée des eaux, liée au réchauffement climatique. L’État est très engagé sur un certain nombre de sujets propres à la Polynésie française, notamment aux côtés de la députée Maina Sage, qui a été très active lors de la COP 21. Je pense donc que l’État a des choses à faire et le voyage du président donnera un coup de pouce à l’avancement de tous ces dossiers en cours.  

    Propos recueillis par notre correspondante à Paris Huguette Amah 

    lebororo 2016-01-22 14:09:00
    Demander à ceux/celles qui ont gagné plein d'argent pendant cette période aussi...
    Grâce aux essais nucléaires.
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