Voyage au centre du rori, ou l’aventure d’un Carapidae

    vendredi 27 mai 2016

    Éric Parmentier est chercheur et professeur à l’Université de Liège (Belgique) et dirige le laboratoire de morphologie fonctionnelle et évolutive.  Il est en Polynésie française pour comprendre la biologie des poissons qui vivent dans les rori.  C’est au Criobe, où il a travaillé il y a une quinzaine d’années dans le cadre de sa thèse, que le chercheur belge mène ses recherches.

    S’il existe une espèce d’holothurie en Mer du Nord, celle-ci n’abrite pas de poissons. En Europe, Il faut descendre jusqu’en Méditerranée pour trouver une espèce de rori qui rentre dans le cadre des recherches d’Eric Parmentier. Mais le chercheur belge sait aussi qu’en Polynésie française, au moins cinq espèces pourront très facilement répondre aux premières étapes de ses interrogations sur la biologie de certains poissons, qui ont cette particularité d’être très en phase avec les rori.

    C’est en effet à Moorea qu’il a travaillé sa thèse au début du siècle, et c’est donc au Criobe qu’il est revenu s’établir pour une quinzaine de jours. Les rori concernés sont les “Vermicelles Mauritiana (Île Maurice)”, les Painapo, pour ne citer que ceux-là. Le fait qu’un rori est aussi un “habitacle” pour poissons est un phénomène qui n’est pas rare. Éric Parmentier explique : “La semaine dernière, nous avons ouvert une vingtaine de rori Vermicelle et nous avons remarqué que tous étaient habités. Lors de mes premières recherches à Moorea durant ma thèse j’avais comptabilisé qu’environ 80 % des rori étaient habités. Je parle des espèces avec lesquelles je travaillais. Je sais par exemple que certains rori présentent au niveau de l’anus (seule voie pénétrable), des dents, ce qui a pour conséquence de freiner l’envie des poissons de s’aventurer à l’intérieur.” Les poissons concernés par ces visites “intro rori” sont issus de deux groupes.

    Il y a ceux qui rentrent dans le rori pour trouver un abri pour se protéger des prédateurs, le jour, et qui ressortent la nuit pour chasser. Ces poissons plutôt allongés, n’ont ni écaille ni épine dorsale, ce qui facilite la pénétration puisqu’elle se fait “en marche arrière”. Et il y a cet autre groupe de poissons “pénétrants” qui sont des parasites. Leur mission : pénétrer dans le rori pour manger les gonades (parties reproductrices de l’animal très riches en lipides). Pour rentrer dans le rori, le poisson (famille des Carapidae) nommés pour certains “aurins”, ou “pearlfishs”, pour les transparents, et “ei’a rori” de leur identité locale, a une tactique bien au point. Long de 10 à 35 cm, le poisson tournera en premier lieu autour du rori qu’il a repéré.

    Sachant que le rori respire par son unique orifice (anus), un mouvement de flux et reflux est perceptible par le poisson et il l’utilisera pour rentrer ou sortir de son refuge.“Le poisson qui a détecté ce courant rentrant et sortant, pointera son nez au niveau de l’anus qui, s’il est dilaté, sera de suite attaqué, à raison d’un violent coup de queue qui le fera pénétrer par la tête. Et comme ce n’est pas le bon procédé, en tous les cas pour les poissons de grande taille, il ressortira et effectuera une rotation à 180 % et s’aidera de sa queue pour rentrer en marche arrière”, explique le chercheur.

    Deux voies internes se présentent au poisson, le tube digestif chargé de sable donc inintéressant, et celle qui mène aux troncs arborescents qui sont les poumons de l’animal. Cette voie sera choisie par le poisson car elle dispose d’un cloaque situé juste derrière l’anus du rori. C’est dans ce cloaque que le poisson trouvera refuge le temps qu’il jugera nécessaire.

    Un abri pour se reproduire

    “Ma venue ici a pour but de mieux comprendre en détail la biologie des poissons qui vient dans les holothuries (rori). J’essaie de comprendre quels sont les ensembles d’adaptation qui permettent à ces poissons de vivre dans le rori. Il y a des toxines qui généralement tuent les poissons qui sont en présence de ces toxines, sauf ceux-là. J’essaye aussi de comprendre le système de reproduction de ces poissons, et pourquoi ces poissons choisissent telle ou telle holothurie pour se cacher.”

    Le chercheur explique que le poisson a un mécanisme de diffusion de son qui est très développé, et que la peau du rori est très perméable au son. Le poisson pourrait donc émettre des sons pour attirer le mâle ou la femelle, pour se reproduire sans risque d’être attaqué par un prédateur qui, lui, ne saura pas pénétrer dans le rori. “Nous avons déjà constaté la présence de 5 poissons de la même famille dans un rori.” K

    De notre correspondant Jeannot Rey

     

    À la recherche du poisson inconnu

    Présent au Criobe encore la semaine prochaine, Éric Parmentier travaille sur le secteur lagonaire de Tiahura. Il aimerait travailler sur les rori ramassés dans le cadre d’une pêche, pour y ramasser les éventuels poissons qui vivent dans ces concombres de mer. Il faut savoir qu’en 2002, il avait trouvé à Opunohu dans un rori, un poisson, dont l’espèce est inconnue, “sur ce seul poisson récupéré, j’ai réussi à identifier des caractères spécifiques qui permettent de dire à coup sûr que c’est une espèce différente, j’aimerais retrouver un autre spécimen ne serait-ce que pour valider l’espèce. Je dois donc me concentrer sur d’autres holothuries que le Vermicelle.”

    Éric Parmentier peut être contacté au Criobe 40 56 13 45
    ou par mail : e.parmentier@ulg.ac.be

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