Yolande Vernaudon : “Bruno Barrillot a légué tout ce qu’il pouvait léguer”

    lundi 10 avril 2017

    yolande vernaudon

    La nouvelle déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires commencera par prendre contact avec tous les membres du Coscen afin de le réunir d’ici fin avril-début mai. (© Vaiana Hargous)


    Yolande Vernaudon, conseillère technique du président du Pays, a été nommée, mercredi dernier, en conseil des ministres, déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires, en remplacement de Bruno Barrillot, décédé le 25 mars. Elle sera officiellement en poste lundi prochain et nous parle ici de son parcours, ses nouvelles attributions, ses premières actions et comment elle appréhende de prendre la relève de quelqu’un d’“irremplaçable”. Interview.

    Le conseil des ministres vous a nommé mercredi dernier au poste de déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires. Est-ce une fonction à laquelle vous aspiriez ?

    J’ai toujours eu un intérêt pour le dossier du nucléaire. J’ai un engagement qui est assez ancien et qui s’est fait progressivement. Par exemple, en 1995, j’ai manifesté contre la reprise des essais nucléaires. J’avais 32 ans à l’époque.

    Mon intervention à ce moment-là était hors cadre institutionnel. Je n’étais pas au Tavini, je ne suis pas dans l’Église protestante mao’hi. C’était donc indépendant d’un mouvement de groupe.

    Plus récemment, je me suis davantage intéressée à la question, notamment parce qu’en 2013, j’avais été approchée par des gens qui voulaient monter une association sur le sujet et qui voulaient que j’en sois la présidente.

    C’était juste après le limogeage de Bruno Barrillot par Gaston Flosse, à son retour au pouvoir en mai 2013.

    Cette association a été créée et j’en suis la présidente, seulement, faute de secrétaire pour la faire tourner, elle n’a pas fonctionné. On a quand même eu un certain nombre de réunions, avec John Doom d’ailleurs, et ça m’a permis de rencontrer des gens qui trouvaient qu’il fallait faire avancer la recherche, la prise de conscience et qu’il fallait avancer sur la recherche de vérité et sur la demande de justice et de réparation vis-à-vis de la France.

    Donc, à partir de là, je ne cherchais pas particulièrement à être déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires, mais quand le président Édouard Fritch m’a demandé, fin février, si j’accepterais de prendre la relève de Bruno, j’ai accepté tout de suite, parce que c’était quelque chose qui avait mûri dans ma tête.

    Mais on pensait avoir plus de temps pour faire la transition, vers le mois de juin-juillet, comme il était convenu avec Bruno Barrillot. Car, il avait consenti à revenir une année, le temps de former la relève avant de prendre une retraite bien méritée.

    Malheureusement, son état de santé s’est dégradé rapidement et il nous a quittés le 25 mars…

     

    Vous prenez vos fonctions lundi prochain, vous connaissez déjà votre feuille de route ?

    C’est celle qu’avait Bruno. Il avait une feuille de route approuvée par le président et le gouvernement, et je dois la reprendre. Elle comprend quatre grandes thématiques qui sont liées.

    Il y a l’assistance aux victimes : faciliter la reconnaissance et l’indemnisation des victimes dans différentes modalités à mettre en place, faciliter les démarches, faciliter l’accès au Civen, et revoir cette fameuse convention de centre médical de suivi.

    La deuxième thématique, c’est les recherches, notamment sur la transmission transgénérationnelle. Il y a des conventions qui sont engagées et qui se poursuivent bien entendu afin d’apporter des preuves.

    Le troisième axe, c’est la mémoire, avec le centre de mémoire qui est un engagement du président Hollande, mais aussi toute la documentation pédagogique avec la direction générale des enseignements.

    Le quatrième axe, c’est l’organisation de la délégation elle-même et du réseau qu’elle doit développer sur l’ensemble de l’administration, parce que l’idée est qu’elle reste une délégation.

    C’est-à-dire que le fait nucléaire est une thématique qui concerne plusieurs secteurs et il ne s’agit pas de transformer la délégation en un énorme service qui va tout faire sur la question du nucléaire.

    L’idée est qu’elle impulse les autres services pour qu’ils traitent correctement la question du nucléaire, chacun dans son domaine.

    Donc l’éducation dans la production pédagogique ; la santé par rapport à son réseau de santé publique, la prise en charge des malades, etc. ; l’environnement avec la direction de l’environnement ; et ainsi de suite.

     

    Quelles seront vos premières actions ?

    Dès lundi, je vais appeler les différents membres du Conseil d’orientation sur le suivi des conséquences des essais nucléaires (Coscen), pour prendre rendez-vous avec eux. Le secrétariat de ce comité qui réunit des membres du gouvernement, des représentants de l’assemblée de la Polynésie française, du CESC, et des associations, est assuré par la délégation.

    Et il faut réunir un Coscen parce qu’il y a un certain nombre de points à voir, comme la suite de l’évolution de la loi Morin, l’assistance et l’accompagnement des victimes, le centre de mémoire, la révision de la convention ou la mise en place d’une nouvelle convention concernant le centre médical de suivi, etc.

    Il était envisagé de le réunir à la fin du mois de mars. Avant son hospitalisation, Bruno a préparé tout le dossier, avec les différents éléments pour chacun des items.

    Et finalement, on a tout annulé, donc ça va être une de mes premières tâches. Si on peut réunir un Coscen fin avril-début mai, ça serait bien. Mais ça sera en fonction de l’agenda du président, parce que c’est lui qui le préside.

     

    Comment appréhendez-vous le remplacement de Bruno Barrillot ?

    Bruno est quelqu’un qui a fait des choses extraordinaires et il est totalement irremplaçable. C’est le combat de sa vie, il y a tout consacré. Je n’ai pas du tout la prétention de faire ça. Honorons sa mémoire : personne ne peut remplacer Bruno.

    En revanche, il faut bien assurer sa relève, et ce n’est pas pareil. Je ne suis pas son héritière, je ne suis pas quelqu’un qui va faire ce qu’a fait Bruno, mais j’arrive à la suite sur une fonction qui est celle du chef de service de la délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires.

    C’est une fonction qui est très importante parce qu’elle a cette capacité à assurer une sorte de plaque tournante, c’est un pivot avec lequel on peut organiser des choses en réseau, en équipe.

    Mais, en même temps, ce n’est que ça, ce n’est pas le délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires qui va tout faire à lui tout seul.

    C’est évident que je vais faire les choses différemment de la façon dont Bruno les faisait, et c’est évident aussi que je n’ai pas ses capacités, son expérience, son expertise, ses connaissances.

    Mais à côté de ça, Bruno a légué tout ce qu’il pouvait léguer à ceux qui viennent après. Il a écrit énormément, des livres, des articles, des rapports… Il a rassemblé une documentation extraordinaire et il avait commencé à les scanner pour avoir un archivage numérique, c’est d’ailleurs un travail qu’il faudra poursuivre. Il n’a rien gardé pour lui. (…)

    Donc je me sens à la fois confiante, sereine et en même temps, quand même avec une très grande responsabilité. Ce n’est pas une petite affaire, mais je suis confiante parce que les sillons sont bien tracés, il suffit d’avancer maintenant, d’aller de l’avant.

     

    Propos recueillis par V.H.

     

    Qui est-elle ?

    Yolande Vernaudon est née en 1963 à Tahiti. Elle y a passé toute sa vie, à l’exception des sept ans d’études qu’elle a effectués en France, de 1980 à 1987.

    À son retour au fenua, la jeune ingénieure agronome, diplômée de l’école nationale supérieure d’agronomie de Toulouse, intègre la chambre d’agriculture pendant un an avant de faire son entrée dans l’administration de la Polynésie française.

    “Cela fait 28 ans que je travaille pour le service public du Pays, confie-t-elle. Ce qui m’intéressait, c’était de servir l’intérêt général, et j’ai occupé plusieurs fonctions. À la délégation de l’environnement, je travaillais sur des textes sur la protection de la nature, pour l’aménagement du territoire, etc. Puis j’ai été chef du service du développement rural entre 1996 et 2001. J’ai travaillé au cabinet d’Édouard Fritch en 2002-2003 pour la déconcentration administrative, qui est une problématique d’organisation des services pour rapprocher l’administration le plus possible des citoyens. Ensuite, sur proposition de M. Temaru, j’ai été nommée chef du service de l’inspection générale de l’administration fin 2005 et j’ai été à ce poste pendant huit ans.

    Ensuite, depuis son élection à la présidence du Pays en septembre 2014, je suis conseillère technique au cabinet d’Édouard Fritch. J’étais plus en charge de la modernisation de l’administration.

    Et plus récemment, quand Édouard Fritch a fait appel à Bruno Barrillot pour réactiver la délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires, j’ai été chargée par le président d’accompagner et de soutenir Bruno Barrillot. Pendant huit mois, j’ai été son interface au niveau du cabinet du président. »

     

     

     

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