Habillage fond de site

Yolande Vernaudon dénonce une imposture scientifique

mardi 23 janvier 2018

Comment réagissez-vous aux articles qui citent le Dr Christian Sueur, qui parle de transmission génétique de maladies radio-induites ?

Je suis indignée, c’est très grave ce qu’il dit, alors qu’il n’est ni chercheur, ni généticien. Il faut bien avoir à l’esprit que le rapport du Dr Sueur n’est pas un rapport scientifique. Une véritable étude doit être publiée et étudiée par la communauté internationale experte sur le sujet.

Je connais ce rapport car le Dr Sueur l’avait déjà envoyé à la délégation pour le suivi des essais nucléaires. Il l’avait adressé à Bruno Barrillot, il me l’a renvoyé à moi quand j’ai pris mes fonctions.

Il est effectivement question d’un projet d’étude qui mettait aussi en partenaire une spécialiste japonaise en génétique, le Dr Katsumi Furitsu, chercheuse en radiobiologie et génétique médicale du département de la génétique de l’Université médicale de Hyogo. Là, pour le coup, il s’agit d’une véritable scientifique.

Christian Sueur affirme que vous avez interrompu sa collaboration avec la généticienne nippone…

C’est faux puisqu’il n’y avait rien d’entamé officiellement. Bruno Barrillot m’avait parlé de ce projet, mais c’était en janvier et il est mort en mars…

Quand j’ai pris mes fonctions en avril, j’ai été alertée de cette histoire de mission des Japonais. J’ai tout de suite cherché à savoir s’il y avait une convention signée, ou au moins une autorisation de recherche.

À part la proposition d’étude de Christian Sueur et celle du Dr Furitsu, je n’ai rien trouvé. De plus, c’est vraiment un faux procès puisque c’est véritablement très intéressant pour nous de travailler avec cette chercheuse japonaise, car elle est hors de tout soupçon d’être coiffée par l’État français.

Pourquoi cette collaboration n’a-t-elle pas eu lieu avec Christian Sueur ?

En fait, assez rapidement, après avoir pris contact avec cette dame et son interprète, il s’est avéré que le Dr Furitsu n’était pas d’accord avec la méthode de travail que voulait imposer Christian Sueur.

Par ailleurs, pour avoir quand même un regard scientifique sur son travail, et parce que de toute façon, ça s’impose dans nos règles, Christian Sueur a été invité par le ministère de la Santé à présenter son projet au comité d’éthique pour avis. (…)

D’un côté, j’ai le Dr Furitsu qui dit qu’elle refuse de travailler sous les directives de Christian Sueur, de l’autre j’attends l’avis du comité d’éthique. De fait, je n’ai pas donné suite, pour l’instant. On me demande : mais qui a intérêt à bloquer ?

Mais ça n’est pas la bonne question ! La vraie question, c’est pourquoi le projet de Christian Sueur est bloqué. Parce qu’il n’est pas construit de manière rigoureuse sur le plan scientifique.

La question d’une transmission transgénérationnelle de problèmes de santé liée aux essais nucléaires se pose-t-elle malgré tout ?

Encore une fois, je ne suis pas spécialiste de génétique. Il faut bien voir que ce sont des domaines d’expertise très pointus. Quand on est pédopsychiatre par exemple, on n’est pas expert généticien.

Pour moi, c’est pareil, mais ce que je lis des travaux scientifiques, c’est qu’effectivement il n’y a pas eu, en l’état actuel de la science, de mise en évidence de transmission génétique suite à une exposition à des rayonnements ionisants ou à des retombées radioactives.

Sachant qu’il y a beaucoup d’études dans ce domaine, y compris par des scientifiques japonais suite aux bombardements sur Hiroshima et Nagasaki. Ils ont quand même beaucoup de recul maintenant depuis 1945.

Également les Biélorusses depuis l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986. Et les conclusions de ces chercheurs ne sont pas dictées par l’État français, je crois !

Pour lever les doutes et ambiguïtés sur ce sujet, la solution ne serait-elle pas de conduire une vaste enquête épidémiologique à Reao, à Tureia, aux Gambier, etc. ?

Idéalement, on aimerait évidemment dire oui… Nous avons tous besoin de savoir, nous en tout cas Polynésiens. C’est flippant, cette histoire de possibilité d’une mutation génétique suite à une exposition à la radioactivité…

Surtout quand on sait qu’il y a eu des retombées sur l’ensemble des îles du fenua. Le problème, c’est qu’à côté de ça, quand on consulte les travaux menés au niveau international, on apprend que même avec 70 ans de recul, pour l’instant, rien n’a été mis en évidence.

Et ce sont des travaux de recherche très lourds. Je ne sais pas s’il faut absolument, à tout prix, essayer de prouver quelque chose qui n’a jamais été démontré et générer toute cette angoisse qui accompagne.

Ce sont des domaines tellement complexes, y compris la question des intoxications aux métaux lourds, qu’il faut admettre l’idée qu’on n’aura peut-être jamais de certitude dans un sens ni dans l’autre.

Que répondre alors aux inquiétudes provoquées par les affirmations de Christian Sueur ?

Une chose est certaine : il faut poursuivre les investigations. Je ne vois pas pourquoi on ne voudrait pas, nous Polynésiens, faire toute la lumière sur cette histoire…

Je ne comprends pas comment Christian Sueur peut m’accuser, moi, de vouloir mettre un mouchoir sur ce sujet ! Je suis polynésienne, mes enfants sont polynésiens. J’étais une enfant quand il y a eu les essais atmosphériques.

Rien qu’à titre personnel, je suis totalement concernée. Et j’ai envie de savoir.

Propos recueillis par  Damien Grivois

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Selon-vous, qui sera élue Miss Tahiti 2018 ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete