Yota, le taximan venu du Japon

    lundi 21 mars 2016

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité où dont le parcours mérite un éclairage. Aujourd’hui, voici le portrait de Yota Yokoi. Ce Japonais, né dans la ville de Toyota, est l’un des chauffeurs de taxi de la capitale. Tombé follement amoureux de la Polynésie et de ses habitants lors d’un voyage de surf, il est finalement venu s’y réinstaller pour continuer à vivre un rêve éveillé. Un bonheur qu’il partage avec ses clients. Un drôle de destin, qu’il a bien voulu partager avec nous.

    Il s’appelle Yota. “Cela vient de la marque Toyota et cela veut dire Océan Pacifique. C’est marrant le destin”, s’amuse le quadragénaire, au moment d’entrer dans son taxi garé à la station du Vaima, à Papeete.
    Son prénom est en effet le condensé de la vie de cet amoureux de la marque nippone et du surf.
    Yota est né à Aichi, la ville du célèbre constructeur automobile.
    “C’est pour cela que j’aime cette marque. Cela me fait plaisir, j’ai une Toyota à Tahiti, une hybride”, jubile-t-il.
    Son père a travaillé toute sa vie comme ingénieur pour ce constructeur.
    Et Yota, après ses études de commerce, montera sa propre entreprise de vente de véhicules. Avant que son destin bascule.
    “Cela marchait très très bien. Mais, chez nous, on travaille beaucoup, jusqu’au soir. J’ai bien gagné, mais j’étais fatigué. Je ne me sentais pas heureux.” Aichi est une ville où l’on surfe. “Trop, même”, s’amuse-t-il. Alors il décide de profiter de ses économies pour aller découvrir des vagues moins peuplées.

    “C’était le paradis”

    Son passeport s’enrichit des tampons de Hawaii, de Bali ou de l’Australie. “J’aime le climat tropical”, concède-t-il.
    À Waikiki, il découvre un reportage sur la Polynésie de la star japonaise : le comédien et surfeur Kenji Sakagushi. “C’était beau”, dit-il encore, émerveillé.
    C’est décidé, il veut alors découvrir cette île dont il n’avait jamais entendu parler.
    “Bora Bora me disait quelque chose. C’est le nom du sac Hermès de la femme de mon ancien boss”.
    Il part donc en terre inconnue, mais rencontre des surfeurs tahitiens dès l’enregistrement pour la destination du fenua.
    “C’est comme cela que nous sommes devenus amis. Ils m’ont amené sur tous les spots. Même Teahupoo où j’ai surfé trois fois quand c’était petit.”

    Sa révélation, à Taapuna

    Mais c’est à Taapuna, dès le premier jour, que survient le coup de foudre.
    “C’était très tôt le matin. On a sauté dans l’eau. C’était comme dans une source d’eau chaude, à même pas 6 heures du matin. C’était incroyable… Je n’avais jamais vu ça. C’était le paradis”, mime-t-il, encore ému à l’évocation de ce moment.
    “L’océan était lisse comme un miroir, je voyais le corail, les poissons. C’était… Waouh ! Et cela a été Waouh à Teahupoo, Sapinus, pendant un mois”, explique t-il, sans pouvoir s’arrêter.
    De retour à Waikiki (Hawaii), le fenua a laissé son empreinte dans sa tête. “C’était toujours Tahiti, Tahiti, Tahiti dans ma tête.”
    Avec sa femme, il décide de préparer leur installation. Il va ainsi étudier l’anglais en Australie. Le seul moyen d’obtenir un visa localement est d’étudier. Il apprend alors le français dans une école de Papeete, et finit par trouver un travail comme chauffeur de minibus touristique. “Mais j’ai été licencié. J’étais perdu. Le black-out…”

    Un visa pour dix ans

    Il obtient finalement un visa pour dix ans “Cela a été très difficile à avoir, mais c’est normal. Il faut protéger les gens d’ici. Il a fallu que j’explique ce que je voulais faire ; j’ai fait de mon mieux.”
    Sa maîtrise de l’anglais, du français et du japonais a pesé dans la balance.
    “Ma personnalité aussi”, pense-t-il. “Je suis trop content ! J’ai de la chance”, explique-t-il en savourant le décor autour de lui. “J’aime les gens d’ici, et je veux être parmi eux. Je fais très attention depuis neuf ans. Tahiti est petit, et il faut respecter les locaux.”
    Sans travail, il ne désespère pas. “Pas une seconde, je n’ai pensé à partir de Tahiti ou de Polynésie”, tient-il à préciser, après avoir voyagé dans 22 îles.

    Exemplaire et discipliné

    Il prend donc une patente de guide touristique et travaille pour une agence où il acquiert une expérience précieuse.
    “J’ai étudié le domaine touristique et j’ai aimé”, explique-t-il, fier d’être un lien entre Tahiti et le Japon.
    Souhaitant faire ses parcours sur mesure pour les visiteurs, il se lance dans un nouveau et long processus pour devenir chauffeur de taxi.
    “Je devais faire un business à moi, j’avais déjà l’expérience.” Avec de multiples allers/retours au service des transports terrestres, “des efforts et de la passion”, il obtient le sésame au bout de quatre ans.
    Il démarre sa carrière de taxi sur la pointe des pieds. “J’avais un peu peur”,  mais il est rapidement accepté. “Il est exemplaire et discipliné. Il a le comportement type d’un Japonais, est très amical avec tout le monde”, confie Calixte Guilloux, président du syndicat de taxi de Papeete, qui reconnait tout de même des réticences à l’arrivée d’un étranger à la station du Vaima.
    Rapidement, le charme de Yota opère. “Il nous apprend des mots utiles pour parler aux touristes japonais. Des fois, il fait le traducteur.”
    “Les Japonais aiment la nature, la mer, le lagon, c’est le paradis. Chez nous, ce n’est pas comme ça.” En revanche, ils ne comprennent pas “les gens qui jettent des déchets”. “Ca les choque.”
    Le potentiel de la Polynésie ? “Elle n’est pas très connue, au Japon”.

    Surf et taxi

    Yota rêve aussi d’un musée du surf à Teahupoo. “Pourquoi pas ? Le surf est né ici et Teahupoo est le spot de surf le plus connu mais peut-être que les gens de là-bas veulent rester tranquilles.”
    Ça y est. C’est au tour Yota d’être en tête de la file des taxis. Impossible de ne pas parler de ses chemises fleuries, de son chapeau en pandanus tressé à Rurutu.
    “Coucou Madame Terena” glisse-t-il, habillé d’imposants tatouages, riche de ses expériences de ori Tahiti, du heiva avec Manahau et Te Maeva. “C’était vraiment une expérience.”
    Aujourd’hui, si son activité l’empêche de surfer autant qu’il voudrait, son conte de fées se poursuit. “Tous les jours, je suis dans mon rêve. Il y a 11 ans, j’ai rêvé de cette vie, et je suis là.” 

    Florent Collet

     

    Ses dates clefs

    1974 :     naissance à Aichi (Japon)
    2004 :      Il arrête son entreprise de vente de voitures
    2005 :     Premier voyage à Tahiti
    2007 :     Installation à Tahiti
    2012 :     Obtention de sa licence de taxi

    Moo 2016-03-21 21:14:00
    Ben oui C''est vrai que c''est un beau portrait mais quand tu sais qu''un tahitien a fait une demande de licence taxi il y a 4ans et n''a TOUJOURS pas de reponse! Moi je dit sa craint! On fait tout pour trouver du boulot apres on dit qu''on est feneant???
    TEKI TOA 2016-03-21 20:45:00
    C'est peut être parce qu'il est chauffeur de taxi et non transporteur touristique....
    Service du Tourisme 2016-03-21 18:53:00
    ou est yota? na pas permis taxi
    na pas yota 2016-03-21 18:52:00
    na pas permis de taxi yota ou est?

    http://www.transports-terrestres.pf/IMG/pdf/transport_touristique_juin_2015.pdf
    Toki 2016-03-21 15:34:00
    Je trouve ce portrait super!!! Voilà une belle personne qui a su s'intégrer en Polynésie grâce à son sens du respect, à sa personnalité et à sa volonté de vivre son rêve!
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