Zika : la Polynésie peine à se faire entendre

    jeudi 4 février 2016

    L’épidémie de zika et ses complications, notamment en ce qui concerne les risques de microcéphalies chez les nouveau-nés, inquiète la planète. De nombreux pays sont touchés, principalement l’Amérique latine qui a organisé, hier, une réunion de crise avec pas moins de 14 ministres de la Santé.
    La multiplication de cas de cette malformation congénitale, dont souffrent les enfants nés avec une tête et un cerveau anormalement petits, a été déclarée “urgence de santé publique de portée mondiale” par l’OMS. L’Organisation mondiale de la santé a même appelé hier l’Europe à contrer toute prolifération du moustique.
    Les initiatives se multiplient, comme au Canada, où les voyageurs revenant des zones les plus à risques devront attendre 21 jours après leur retour pour donner leur sang afin de prévenir les risques liés au virus zika.
    Afin de parfaire la panique, les autorités sanitaires américaines ont confirmé mardi un cas aux États-Unis de transmission du virus zika par voie sexuelle. L’annonce intensifie les craintes d’une propagation rapide de la maladie, même si la communauté scientifique juge la transmission intra-humaine rare.
    Alors que la planète s’enflamme, les spécialistes en Polynésie, dont 70 % de la population a été touchée en 2013 et 2014, ont le sentiment de ne pas avoir été suffisamment écoutés par les autorités françaises.

    “Le faible soutien des autorités françaises”

    “Les autorités sanitaires ignorent le plus grand spécialiste de zika”, titrait hier le magazine Le Point, qui a interrogé le Dr Didier Musso. Le biologiste a géré l’épidémie à l’époque en tant que directeur du pôle de recherche des maladies émergentes de l’institut Louis-Malardé.  
    Il note d’abord que l’épidémie est passée inaperçue en métropole, comparée, par exemple, à l’épidémie de chikungunya qui a touché l’île de La Réunion quelques années auparavant. “Nous nous sommes “débrouillés” tout seuls pour isoler le virus, mettre au point les tests diagnostiques, prendre en charge les patients, faire face aux premières complications sévères que nous n’attendions pas. Quand on habite à l’autre bout du monde, on a l’habitude de faire face. Comme disait Jacques Brel enterré aux îles Marquises, “gémir n’est pas de mise aux Marquises”. C’est valable pour l’ensemble de la Polynésie, on compte surtout sur nous-mêmes. On regrette toutefois le faible soutien apporté par les autorités françaises”, relève-t-il.
    Il regrette que ces autorités n’aient pas demandé l’avis des gens qui avaient déjà vécu ces problèmes. “C’est un peu surprenant. Ça pourrait quand même un peu les aider à mettre en place des recommandations qui seraient un peu plus adaptées. Nos contacts en France se limitent quasi exclusivement aux équipes de l’institut Pasteur et de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille”, dit-il.

    “D’autres complications possibles”

    Concrètement, le docteur préconise un suivi de toutes les femmes enceintes, et pas seulement celles ayant manifesté des symptômes du zika durant leur grossesse, puisque, dans 80 % des infections, il n’y a pas de symptôme. “S’est-on préoccupé de la façon de mettre en place ce suivi dans les Antilles et en Guyane ? Si, en métropole, les gens consultent dès qu’ils ont des symptômes, chez nous ou en Amazonie, la population ne va pas consulter parce qu’elle a de la fièvre ou quelques boutons”, souligne-t-il.
    “Il faudrait également s’assurer que les territoires touchés puissent faire face aux syndromes de Guillain-Barré, qui nécessitent le plus souvent une prise en charge en réanimation. Durant l’épidémie en Polynésie française, nos services de réanimation ont été à la limite de leur capacité ; quelques cas de plus et la situation aurait été catastrophique”, ajoute-t-il.
    Il confirme que les travaux menés récemment en Polynésie montrent un lien quasi certain entre zika et Guillain-Barré ainsi que la microcéphalie. La seule façon de se protéger est d’éviter les piqûres de moustique. Le spécialiste n’exclut pas de nouvelles complications comme des atteintes oculaires et auditives.
    Le Dr Musso indique par ailleurs que les chercheurs polynésiens avaient signalé à l’époque dans des revues scientifiques une probable propagation du virus et un problème global de santé publique en devenir. Il espère renforcer la collaboration avec les pays du Pacifique, “d’une part, pour sa population qui est isolée et, d’autre part, car c’est une porte d’entrée de pathologies exotiques pour la métropole. Nous avons besoin de fonds pour financer nos travaux, l’expérience du zika a montré que ces travaux peuvent être utiles à la communauté médicale internationale.”
    Dans le même temps, le laboratoire français Sanofi Pasteur a annoncé mardi se lancer dans la recherche d’un vaccin, un laboratoire indien, Bharat Biotech, a assuré hier être déjà en train de le mettre au point, après plus d’un an de travail.

    Sandrine Guyonnet

    christian 2016-03-20 23:31:00
    Evidemment alain, Mais on peut aussi se poser d'autres questions: quels sont les risques de malformations foetales causées par les insecticides utilisés dans la lutte antivectorielle? Les vietnamiens continuent à compter ceux de l'agent orange déversé sur leurs terres,et ce quelques cinquante ans apres... Et ces risques là eux sont bien connus et enseignés dans les facultés de médecine en embryologie...Pensons que le choses ne sont pas si simple qu'elles n'y paraissent...
    alain 2016-02-06 01:28:00
    on peut effectivement se poser la question de la responsabilite du haut commissaire, representant de l'état.
    prise en compte du probleme, rendre compte aux autorités metropolitaines, mise en place d'une demoustication rapide ( on se souvient du temps qu'il a fallut pour mettre en place une reunion pour decider qui on allait former a la pulverisation....
    A ce niveau de responsabilite, il ne faut pas faire l'autruche et minimiser en pensant " ca va passer...",
    Il faut ecouter les specialistes et prendre des dispositions pour le bien de la population.
    A vous lire, Mr le haut commissaire.
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